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Kamel Daoud ou l’étrange soliloque du converti,

05 Juil

Par un regard venu d’ailleurs, resté lucide.

Il y a quelque chose d’inquiétant, de lassant aussi, à voir chaque semaine Kamel Daoud convoqué sur les plateaux, dans les journaux, sur les scènes de festivals, pour dire son malaise français. Un malaise qu’il croit universel, alors qu’il n’est souvent que le sien.

Selon lui, les Français sont trop mous, les binationaux trop fiers de leur origine, les jeunes générations issues de l’immigration presque traîtres envers leur pays d’accueil. Trop d’Afrique dans les cœurs, pas assez de France dans les tripes.

Étrange paradoxe que celui de cet homme qui se dit “plus Français que les Français”, mais dont l’amour de la République semble passer par le mépris systématique de ses enfants les plus sincères.

Kamel Daoud ne cesse de rappeler qu’il a appris le français à l’université, qu’il est né ailleurs, qu’il a souffert plus que les autres, qu’il mérite plus que les autres. Le mérite, chez lui, devient une frontière. Une arme. Une sorte de naturalisation par le haut, au mépris de ceux qui sont nés en France, ont grandi en France, et n’ont jamais eu besoin de haïr leur culture d’origine pour se sentir français.

Il faut le dire : des milliers de Franco-Algériens, professeurs, soignants, écrivains, artistes, entrepreneurs, œuvrent chaque jour à faire rayonner la France. Discrètement. Authentiquement. Sans injonction à choisir, sans ressentiment colonial recyclé en roman personnel.

Mais ces visages, ces réussites, ces voix apaisées sont invisibilisées par l’ombre bruyante de Daoud. Il est devenu la figure-totem d’un certain fantasme médiatique : celle du “bon immigré” qui cloue au pilori les autres et donne à la France une excuse pour ne pas écouter les voix divergentes.

Ni Amin Maalouf, ni Alain Mabanckou, ni Nina Bouraoui, ni même Alice Zeniter – pour ne citer que ces derniers- n’ont ressenti le besoin d’écraser leur héritage pour appartenir. Ils ont composé. Pensé. Transcendé.

Kamel Daoud, lui, a choisi le combat. Pas celui de la pensée, mais celui de la revanche.

Or la citoyenneté n’est pas une arène où l’on boxe sa propre origine à coups de chroniques hebdomadaires. C’est un exercice patient, quotidien, fait d’écoute, de doutes, de cohabitation.

Le drame, c’est que la France lui tend le micro sans jamais se demander pourquoi crie-t-il si fort. Peut-être parce qu’il lui dit ce qu’elle veut entendre. Peut-être aussi parce qu’elle a oublié d’écouter les autres.
Être français, ce n’est pas faire de la culture un ring.
C’est apprendre à conjuguer. À composer. À exister entre deux mondes sans en détruire un.

Kamel Daoud a peut-être oublié ça.
Nous, non.

 
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Publié par le 5 juillet 2025 dans Litterrature

 

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