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Archives de Catégorie: Arts Visuels

Deux pieds de distance

Washington DC n’exige aucun billet pour entrer dans ses musées. Elle exige autre chose, une proximité qui dérange autant qu’elle console.

Quelqu’un a osé ici, devant le paysage, laissant sur la tablette un crayon dont la mine s’est usée sous une main que l’on imagine hésitante. Et si le dessin qui en reste est raté, personne n’en a honte, pas plus que la National Gallery of Art, qui n’a jamais demandé de talent à l’entrée ni même de billet, seulement une porte qu’il suffit de pousser.

La gratuité change la nature du geste, elle retire le calcul entre le temps qu’on a et le prix qu’on a payé, si bien qu’on n’entre plus pour rentabiliser une dépense mais parce que la porte est déjà ouverte et qu’il suffit d’y entrer comme on entrerait chez quelqu’un qui vous attendait sans le savoir. Cette porte ouvre sur des salles pensées pour qu’on s’y attarde, où l’on glisse d’un mur à l’autre avec la lenteur de qui n’a de comptes à rendre à personne.

Musarder commence par s’asseoir et dans certaines salles les canapés gris se posent face aux cimaises, alignés sur les murs parallèles où trônent les tableaux, si bien que le regardeur qui s’y installe prend le temps de s’imprégner lentement de l’œuvre qui lui fait face avant de se relever et de glisser vers la salle suivante, comme on continue une phrase commencée ailleurs.

Des chevalets vides attendent au milieu du parquet, sans artiste attitré, ouverts à quiconque voudrait s’y accouder.

Non loin, une carte glissée près des bancs invite le visiteur à s’imaginer voyageur dans le tableau, à choisir un paysage et à s’y tenir trois minutes entières, quand la moyenne des regardeurs n’accorde d’ordinaire que huit secondes à une œuvre avant de passer à la suivante.

Les plus petits, eux, reçoivent la même invitation et à leur manière.

Un coin bas accueille de petites chaises et des crayons de couleur à hauteur d’enfant, non loin des canapés tournés vers les cimaises. La salle du plus grand musée de la capitale Américaine se transforme alors en salle de jeu le temps qu’un apprenti artiste peintre de quatre ans colorie sa propre version du tableau accroché au-dessus de sa tête, insouciant du temps qui passe.

Le musée mesure ainsi sa propre défaite face à la vitesse et choisit d’y opposer une pédagogie du ralentissement, si bien que le visiteur reprend le carton et le crayon, dessine une tour en ruine sur une falaise sans se soucier du résultat et glisse le viewfinder dans sa poche en repartant, comme on garde une photographie qu’on n’a pas prise.

Ce geste modeste, qui n’a rien d’un exploit, résume peut-être ce que ces musées organisent en silence, une fabrique de regardeurs actifs plutôt que d’artistes accomplis, capables de se projeter dans une toile peinte au dix-neuvième siècle par un Américain qui n’a jamais imaginé ce visiteur précis, venu d’Alger ou d’ailleurs, s’arrêter devant sa ruine imaginaire.

Ces salles finissent par annuler la distance entre l’œuvre et le passant, entre l’Histoire de l’art et la vie ordinaire, entre l’Amérique du dix-neuvième siècle et celle d’aujourd’hui.

Vivre en Amérique, c’est peut-être cela avant tout, appartenir à un lieu qui rassemble le monde entier sous un même toit sans lui demander de payer l’entrée, où une ruine Grecque côtoie une lumière Hollandaise, où une jeune fille Anglaise regarde un gentleman peint à la Française et où le visiteur circule d’un siècle à l’autre en quelques pas, sans passeport ni frontière.

Le musée devient alors un lieu de citoyenneté silencieuse, un endroit où l’on n’enseigne pas l’art mais la présence et où deux pieds de distance suffisent parfois pour se rapprocher de soi.

Note:

Le titre reprend une consigne inscrite sur le viewfinder distribué par la National Gallery of Art, qui demande aux visiteurs de rester à deux pieds, soit soixante centimètres, de chaque œuvre. Cette distance réglementaire devient ici une métaphore, celle d’un éloignement physique qui permet paradoxalement un rapprochement intérieur.

 
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Publié par le 12 juillet 2026 dans A pile et face, Arts Visuels

 

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Le bleu de l’imposture,

Le Jardin Majorelle serait-il Français ? Entre l’enfance d’Yves Saint Laurent à Oran et la Casa Azul de Frida Kahlo à Mexico, la vérité éclate : le Maroc ne mérite aucun crédit, simple décor d’une imposture culturelle soigneusement montée.

Quand le bleu s’empare de la scène mondiale,

MARRAKECH — Chaque jour, des visiteurs affluent vers le Jardin Majorelle, fascinés par ses murs bleu cobalt, ses palmiers et ses touches de jaune éclatant. Dans le récit Français, ce lieu est présenté comme une création unique : l’invention visionnaire de Jacques Majorelle, ensuite sanctuarisée par Yves Saint Laurent. Mais cette histoire occulte une réalité troublante, qui se joue à des milliers de kilomètres de là, à Mexico.

La Casa Azul de Frida Kahlo, avec ses murs d’un bleu profond, ses accents rouges, jaunes et verts et son jardin luxuriant, existait déjà. Les deux espaces émergent dans les années 1920 et 1930, animés par le même désir : fusionner art, identité et environnement. Pourtant, dans le discours Français, le parallèle reste presque toujours invisible.

Esthétiques parallèles, récits divergents,

À Coyoacán, Kahlo et Diego Rivera transforment une maison familiale en manifeste national. Chaque couleur, chaque plante, chaque objet précolombien affirme la Mexicanité. À Marrakech, le bleu de Majorelle et son jardin exotique sont présentés comme une invention isolée. Le langage visuel se ressemble — primaires saturées sur fond de vert — mais les récits diffèrent radicalement.

Ce silence est révélateur. Reconnaître Kahlo ou les mouvements transnationaux qui ont inspiré ces couleurs fragiliserait le mythe de l’exception française : celui d’un miracle isolé, d’une création née de rien.

Yves Saint Laurent et la palette Algérienne,

Le mythe s’étend à Yves Saint Laurent. On raconte qu’il trouva sa palette à Marrakech. En réalité, son regard s’était formé bien avant, à Oran, en Algérie, où il grandit entouré de façades blanches, de murs ocre, de volets bleu profond et de jardins verts. Marrakech a peut-être ravivé ces souvenirs, mais elle ne les a pas inventés.

Le prix du silence,

Cette omission n’est pas anodine. Elle transforme des traditions artistiques partagées en trophées nationaux, relègue l’Algérie au rang de note de bas de page, et efface le Mexique tout entier. Marrakech, labellisée « ville rouge », n’a jamais produit ce bleu Majorelle : il s’agit d’une couleur importée, étrangère au paysage et à la tradition locale. Ce contraste artificiel renforce l’idée que le Maroc n’a aucun mérite et ne fait que servir de décor à une imposture culturelle Française.

Le résultat n’est pas une histoire globale d’expériences artistiques convergentes sous des soleils similaires, mais une légende soigneusement façonnée d’ingéniosité Française en terre étrangère.

En réalité, la Casa Azul, le Jardin Majorelle et l’enfance Oranaise de Saint Laurent appartiennent à la même histoire mondiale : des artistes confrontés à une lumière écrasante, répliquant par des couleurs franches et inscrivant leur identité dans murs et jardins. La différence réside dans la narration : l’une est célébrée internationalement, l’autre nationalisée et domestiquée.
Photo1:
« La Casa Azul, où Frida a vécu une grande partie de sa vie, mêle art, histoire et émotions. C’est ici que l’on peut comprendre la profondeur de son œuvre, intimement liée à sa vie personnelle, ses souffrances et ses passions. »
Photo2:
« La Casa Azul tient son nom de ses murs vivement peints en bleu cobalt, choix de Frida Kahlo et Diego Rivera pour symboliser leur amour pour la culture mexicaine et l’art populaire. »
Photo3:
Le jardin Majorelle autour de la villa Oasis. Cette dernière servait d’atelier à Yves Saint Laurent, qui avait élu domicile à Marrakech dès 1919.

 

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Femmes croisées,

C’est un excercice franchement périlleux que celui de vouloir ponctuer une toile d’aphorismes entendus et maintes fois usités, fatalement inutile.
Et qu’importe le renvoi technique ou le bavardage sur la grammaire des modulations. Encore moins la digression sur le trompe l’oeil ou l’aisance de la portraiture en étage voire le brossage de la perspective magistralement exécuté, blablablabla.
Privilégier plutôt le choc visuel, le paroxysme de la cavale mentale, les jambes qui vacillent, l’étourdissement, la déroute, l’hémorragie et le supplice du pourquoi une telle interprétation?
J’obtempére, respire profondement avant de remonter l’ovale des visages et m’engouffre dans l’intemporel.
L’univers pictural d’Ibrahim Achir est un cosmos en mouvement continu, les levres y sont frémissement et le regard clairvoyance.
Point de jour encore moins de nuit mais une lumiere somatique née par et pour le surprenant barbouillage.
Les personnages sont un brin inquiétants tout autant que l’écrin qui les souligne. Mimodrame ou femmes croisés, elles semblent suspendues entre le vivant et l’objet.
Chaque toile signé Achir est immanquablement une ode poétique et ça m’émeut et me transporte.

Toiles de l’Artiste peintre Brahim Achir.

 
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Publié par le 9 juillet 2021 dans Arts Visuels

 

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Ramadanesque States, 

Des recettes transmises de mères en filles,Une tradition culinaire jalousement gardée, étoffer, sublimer, qui voyagera aux quatre coins du monde. Les Algériennes, mes aïeules, pétries de grâce et de générosité avaient cette posture, cet art de semer sur leur sillage le bonheur et la sérénité .
Video par Lydia Chebbine.

 
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Publié par le 30 Mai 2018 dans A pile et face, Arts Visuels

 

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Le jour où j’ai rencontré Choukri Mesli sur un quai fleuri,

 


Je ne me pardonne pas qu’il ait connu l’Algérie des annees de traîtrise, lui, pourtant si  heuerux  en  62  de la voir enfin libre et libérée. 

J’aurais voulu lire son nom dans nos manuels scolaires .
Voir ses fresques illuminer chaque ville, village, bourgade éloignée, rue, jusqu’a la derniere maison marquant nos vastes frontières.
Cela aurait été tellement ingénieux de l’entendre sur nos médias en lieu et place des FLN- istes bavards ou de ces autres imams honteusement ignares.
L’homme des » Aouchem » en reponse a l’ingratitude de Boumedien signera des embrasements visuels et mettra sur rails avec ses compagnons de l’époque la prestigieuse ecole des beaux Arts.
Le reste de la legende c’est Choukri qui la declinera de sa voix flamboyante. « Mesli, peintre 
et passeur de lumiere » n’est pas seulement un film/documentaire retraçant le parcours brillantissime de l’artiste Algerien mais 01:10mn d’éblouissement intense .

Et si on en sort éraillé, définitivement « ecchymosé », restera ce sentiment mêlé, totalement  envoûté comme seuls peuvent l’etre les témoins privilégies des destins incandescents.

Cliquez sur le lien. Avoir absolument.

https://vimeo.com/145202058?ref=fb-share&1

 
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Publié par le 28 novembre 2017 dans A pile et face, Arts Visuels

 

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Achir restitue la raison d’être,

                                 ach

Nous aimons à dire que l’émotion c’est respirer avec le cœur mais Brahim Achir poussera l’exigence ainsi que nos palpitations jusqu’aux derniers retranchements esthétiques . Il réveillera prodigieusement nos obsessions pour réintroduire de la perplexité, seule raison et véritable gage de la destinée. Une toile, donc, pour dire un mode de relation avec, par et pour le beau.
La vie ainsi déclinée et selon la grammaire Achir est fanatiquement un visage de femme.

Mi stupisco a vederti mirarmi (part.) olio su tela (Achir)
Je m’étonne de te voir mirarmi (part. ) huile sur toile (Achir)

 
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Publié par le 15 septembre 2017 dans Arts Visuels

 

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Les geographies friables,

Une performance assez rare que celle d’écrire le  clos / ouvert en seulement trois tonalités savamment travaillées puis déclinées en un collier de modalités graphiques des bleu, rouge, jaune. 
Le procédé visuel très sommaire en apparence déstructure en profondeur pour rendre merveilleusement lisible la fluidité, la vapeur, le ciel en les épinglant a une solide « cascade » de maisons… Sublime mouvement. 
Nous sommes décidément devant le récit d’une tension sur le réel, voire une vie de frontières qui par la seule volonté de l’Artiste Peintre pourrait échapper a la solitude intérieure et offrir de nouveaux coordonnées temporelles.
Toile de l’Artiste Peintre Algerien, Chafa Ouzani.
Chafa 3

 
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Publié par le 20 août 2017 dans Arts Visuels

 

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L’homme qui dessinait son âme…

In Pialle.toscana
Aquarelle de Nasreddine ABassi,Italia 2017.

Nas

Ébauche,
D’entrée nous pensons à l’été sauf qu’ a y regarder de près c’est les quatre saisons réunies que l’artiste peintre croque sous des aplats savamment travaillés. Une amorce de chemin donc pour mieux mesurer son souffle, pour ménager un tant soit peu les intériorités.
La sobriété de la façade,elle, souligne astucieusement le sentiment de solidité et met en scène une longue temporalité. Accrochées a cette même façade trois fenêtres,closes, mi-fermées, carrément ouvertes -une sorte de tiercé graphique décliné selon un jeu de piste- elles iront rejoindre trois autres arbres de différentes tailles en arrière plan, presque en retrait, véritable témoins.
Le façonnage de l’etat de progression n’est pas seulement perceptible dans le découpage scénique mais les couleurs sombres de ce qui pourrait etre un mur d’une autre maison en face, déroule une espèce de jeu d’ombre qui ouvrirait sur les réminiscences .
Ce n’est pas seulement une maison mais un Homme debout depuis un moment déjà, Il dit mais en parcimonie sur l’ordre incertain.
Une toile assurément attachante.
L.K. USA.

Réponse de l’Artiste peintre :
« J’ai réalisé cette aquarelle de mémoire.Elle a pour sujet une vieille maison perdue au milieu de la Toscane où j’ai habité durant deux années.(1980-82). Aux dernières nouvelles cette demeure a été réhabilité en lieu de villégiature avec piscine,mini golf etc pour vacanciers fortunés.Je n’y suis plus retourné pour ne pas altérer les bons souvenirs qui y sont associés et garder intacts l’atmosphère et l’image que j’ai essayé de traduire en peinture.Je te souhaite une bonne journée ».
N.A.

Bribes d’une correspondance éphémère:
Bonsoir,
je ne suis pas une spécialiste mais j’aime les lectures néophytes voire profanes, une manière de décloisonner les arts.
Merci a vous de partager ce joli récit, celui d’un homme qui dessinait sa maison comme on dessinerait son âme.
L.K
USA .2017.

 
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Publié par le 5 juin 2017 dans Arts Visuels

 

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