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Epstein et la stratégie du silence.

D’abord, l’actuelle couverture du scandale Epstein semble répondre à une logique bien rodée. La multiplication des noms, leur dissémination à l’échelle internationale et l’élargissement constant du champ des révélations créent un brouillard informationnel soigneusement entretenu. Pour certains, cette stratégie viserait à diluer les responsabilités et à détourner l’attention du Président Américain en exercice. Cette lecture, largement relayée, s’inscrit dans une tradition ancienne de manipulation politique.

En premier lieu, l’affaire Epstein dépasse désormais toute tentative de containment. Elle se transforme en phénomène systémique, révélant non seulement des abus individuels, mais surtout la porosité entre élites économiques, réseaux d’influence et sphères de pouvoir. En conséquence, le scandale inaugure une conscience politique mondiale nouvelle, moins centrée sur les figures visibles du pouvoir que sur les structures qui les soutiennent.

De surcroît, la figure de Ghislaine Maxwell occupe une place singulière. Héritière d’un capital social et culturel exceptionnel, issue d’un univers où se croisent finance, médias et diplomatie, elle incarne cette zone grise où l’intime rencontre le stratégique. Sa proximité avec Epstein n’est pas seulement celle d’une compagne ou d’une intermédiaire, mais celle d’une actrice pleinement intégrée à des cercles de pouvoir transnationaux.

Par ailleurs, l’ombre de son père, Robert Maxwell, resurgit. Magnat de la presse britannique et acteur central de la guerre de l’information durant la Guerre froide, il a longtemps fait l’objet de soupçons persistants quant à ses relations avec les services de renseignement israéliens. Ces accusations, jamais formellement établies, ne peuvent être expliquées autrement que comme un héritage stratégique et structurant, qui inscrit le nom Maxwell dans une mythologie du secret et de l’influence. Cette lecture est légitime et cohérente pour comprendre l’affaire Epstein dans sa dimension internationale.

Ainsi, la question centrale se déplace. Il ne s’agit plus seulement de savoir si la Maison-Blanche aurait cherché à noyer le poisson, ni même si le Président Américain serait protégé ou déjà sacrifié. L’enjeu réel réside dans l’exploitation stratégique du scandale sur la scène internationale. La Russie et la Chine, observatrices attentives des fractures occidentales, pourraient tirer profit de cette crise de confiance, non par une intervention directe, mais par la mise en lumière d’une décadence réelle et soigneusement cachée des institutions et des élites des démocraties libérales.

De surcroît, le scandale agit comme un révélateur des tensions entre pouvoirs locaux et enjeux globaux. Les États-Unis, confrontés à une opinion publique de plus en plus exigeante et critique, illustrent combien la responsabilité collective ne peut être réduite à la figure d’un seul dirigeant. Dans ce cadre, la médiatisation massive de l’affaire devient un instrument de transparence, mais aussi un miroir des faiblesses institutionnelles.

Enfin, au-delà des individus et des gouvernements, cette affaire impose un questionnement sur la gouvernance mondiale et la circulation de l’information. Les sociétés avancées sont désormais confrontées à l’exigence de vigilance citoyenne et d’éthique partagée, afin que la diffusion rapide des révélations ne serve ni la manipulation ni la simplification, mais contribue à l’élévation du débat public.

En définitive, Epstein et Maxwell ne constituent pas seulement un scandale judiciaire ou médiatique. Ils dessinent les contours d’une bataille plus vaste, où information, pouvoir et responsabilité collective s’entremêlent. Ce n’est pas un homme qui vacille, mais une architecture entière du pouvoir occidental qui se trouve désormais exposée à l’épreuve de la conscience mondiale.

 
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Publié par le 4 février 2026 dans Politique et Société

 

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Les fantômes d’Epstein et le pouvoir invisiblequi refuse de disparaître

Il est légitime de se demander si le système Epstein pourrait
vraiment être démantelé ou s’il est destiné à renaître sous une
autre forme, toujours à l’abri des regards. Tant que nous
n’attaquerons pas la mécanique globale et la culture qui
l’alimente, ces structures continueront de perdurer, adaptant leur
forme tout en conservant leur fonction, exploiter, contrôler et
maintenir le pouvoir dans l’ombre.

L’affaire Epstein ne se limite pas à un scandale individuel. Elle révèle surtout la
résilience des réseaux de pouvoir informels, invisibles mais toujours actifs. Le vrai
débat n’est pas de savoir qui a remplacé Epstein mais pourquoi le système produit
régulièrement ce type d’intermédiaires. Ces figures ne sont jamais des anomalies.
Elles sont le symptôme d’un ordre social et économique qui repose sur opacité,
cooptation et concentration de pouvoir.
Précisons d’entrée qu’il s’agit d’un crime absolu et inqualifiable, commis pendant des
années contre des femmes et des filles mineures. Qu’on se le dise, ce réseau incarnait
un esclavagisme moderne, tout aussi cruel qu’inacceptable, mais ce n’est pas tout. Car
il ne s’agissait pas seulement d’un réseau de relations et d’influence mais c’était un
instrument systématique de domination et de contrôle, où la violence physique et
psychologique s’alliait à l’exploitation financière et sociale pour maintenir ses victimes
dans une soumission totale.
D’abord, il faut rappeler que ce phénomène n’est pas nouveau. Les grandes fortunes
du 19ᵉ et 20ᵉ siècle, en Europe comme aux États-Unis, ont souvent eu recours à des
intermédiaires pour accéder aux cercles politiques et influencer les décisions. On
pense à J. P. Morgan et ses lieutenants, véritables courtiers d’influence entre banques,
administrations et grandes entreprises. Plus récemment, certains philanthropes
américains comme David Rockefeller ou Bill Gates ont employé des réseaux complexes
de fondations et de think tanks pour orienter la recherche scientifique, les politiques
de santé publique et la technologie. L’objectif n’était pas seulement de faire le bien
mais d’accroître un pouvoir discret et stratégique, capable de façonner le monde sans
jamais apparaître dans les journaux.
Epstein, dans ce contexte, n’était pas un précurseur mais un amplificateur
contemporain. Il connectait milliardaires, responsables politiques et scientifiques,
jouait sur les cercles philanthropiques et technologiques et ses relations personnelles
lui donnaient un accès inédit à des sphères fermées. Ce modèle a un héritage
historique car le rôle d’intermédiaires privilégiés, capables de naviguer entre capital
financier, politique et scientifique, existe depuis que les élites ont compris qu’un
réseau informel vaut plus que toute institution codifiée.
Derrière chaque fondation, chaque conseil d’administration ou cercle privé se cache
une mécanique bien huilée avec opacité des réseaux élitaires, faible régulation des
financements privés, concentration extrême de richesse et culture d’entre-soi. Ces
structures survivent à leurs figures et façonnent le monde des puissants, loin des
enquêtes et des scandales. Les exemples abondent. Au Royaume-Uni, les cercles
philanthropiques et les clubs privés de la City à Oxford ont longtemps permis à
certaines fortunes de coordonner influence politique et économique à l’abri des
regards. Aux États-Unis, la Silicon Valley a vu naître des cercles similaires où
philanthro-capitalistes et technocrates se cooptent pour orienter des innovations
nous continuerons à observer ces fantômes du pouvoir circuler librement,
transformant chaque crise individuelle en instrument d’influence durable. Croire
qu’un scandale ou la chute d’un individu suffisent à ébranler ces réseaux relève de
l’illusion.
Il est légitime de se demander aujourd’hui si le système Epstein pourrait vraiment être
démantelé et cesser pour de bon ou s’il est destiné à renaître sous une autre forme à
l’abri des regards. Tant que nous n’attaquerons pas la mécanique globale et la culture
qui l’alimente, il est probable que ces structures perdureront, adaptant leur forme
mais conservant leur fonction, exploiter, contrôler et maintenir le pouvoir dans
l’ombre.
En définitive, l’affaire Epstein n’est pas un accident mais un miroir car elle reflète la
stabilité des mécanismes de pouvoir informel, leur capacité à survivre à toutes les
tempêtes et à réapparaître sous de nouvelles formes. Ces réseaux, historiques ou
contemporains, montrent que la véritable question n’est jamais le nom d’un individu
mais la logique d’un système. Tant que nous n’accepterons pas de scruter les
structures plutôt que les figures, ces fantômes continueront à façonner le monde,
invisibles et impunis.

 
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Publié par le 3 février 2026 dans Politique et Société

 

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La démocratie à l’ère des guerres invisibles.

Longtemps présentées comme les gardiennes du débat libre, les démocraties occidentales participent désormais à une bataille mondiale pour le contrôle des récits. Dans un monde où l’information devient un instrument stratégique, la frontière entre protection du pluralisme et domination narrative se trouble dangereusement.

La vérité comme champ de bataille,

Pendant des décennies, les démocraties occidentales ont construit un récit rassurant : celui d’un affrontement moral entre la liberté d’expression et les régimes autoritaires. Cette représentation structurait les équilibres diplomatiques et façonnait l’image d’un Occident protecteur du débat public face aux manipulations étrangères.

Ce récit vacille aujourd’hui sous l’effet des transformations géopolitiques. Les rivalités internationales ne se jouent plus uniquement sur les terrains militaires ou économiques. Elles se déploient désormais dans l’espace informationnel, là où se construisent les perceptions collectives et où se fabrique la légitimité politique.

La guerre contemporaine traverse les réseaux sociaux, irrigue les algorithmes, s’ancre dans les plateformes numériques et s’appuie sur ces infrastructures invisibles qui organisent la circulation mondiale de l’information. Dans cette confrontation silencieuse, les démocraties occidentales ne figurent plus seulement parmi les cibles. Elles participent activement à la structuration de cette nouvelle conflictualité.

Le soft power devenu arme stratégique,

Au début des années 2000, le politologue Joseph Nye décrivait le soft power comme la capacité d’influencer par l’attraction culturelle et normative plutôt que par la contrainte militaire. Cette vision incarnait l’idée d’une puissance fondée sur l’adhésion plutôt que sur la domination.

Deux décennies plus tard, cette notion a profondément muté. Et l’attraction s’est transformée en instrument de compétition stratégique. Aussi, les puissances occidentales investissent massivement dans la régulation des plateformes numériques, la diplomatie digitale et les technologies d’analyse des flux informationnels.

Ces dispositifs sont officiellement présentés comme des outils de protection contre la désinformation. Ils contribuent également à organiser la hiérarchie des récits légitimes et à préserver une centralité occidentale dans la définition des normes informationnelles mondiales.

Les centres d’analyse stratégique, à l’image du « Brookings Institution », décrivent ces politiques comme des mécanismes destinés à restaurer la confiance démocratique. Dans les faits, ils participent à une entreprise plus large, celle de structurer les cadres d’interprétation du réel.

La guerre cognitive = conquérir les esprits,

La transformation du conflit informationnel s’inscrit désormais dans les doctrines militaires. L’OTAN reconnaît explicitement que les sociétés civiles constituent des terrains d’opérations stratégiques. De ce fait, la guerre cognitive ne vise pas uniquement à contrer les fausses informations mais cherche à remodeler les représentations mentales à travers lesquelles les citoyens interprètent la réalité politique et sécuritaire.

L’intelligence artificielle, les algorithmes de recommandation et l’exploitation massive des données permettent aujourd’hui d’identifier les campagnes d’influence. Ces technologies offrent également la capacité d’orienter la visibilité des récits et de structurer l’écosystème informationnel.

Les élections récentes en Europe et aux États-Unis ont illustré cette mutation. Rappellez-vous, les autorités publiques et les plateformes numériques ont instauré des dispositifs de surveillance algorithmique destinés à limiter la diffusion de contenus jugés manipulatoires. Par ailleurs, pendant la guerre en Ukraine, l’affrontement militaire s’est accompagné d’une bataille narrative menée en temps réel pour conquérir l’opinion internationale.

L’universalisme démocratique face à la logique de puissance,

Le politologue John Mearsheimer rappelle une constante des relations internationales : les États poursuivent avant tout la consolidation de leur puissance, même lorsqu’ils invoquent des valeurs universelles. Les démocraties occidentales ne font pas exception.

Elles défendent la liberté d’expression tout en élaborant des mécanismes de régulation de plus en plus sophistiqués. Elles dénoncent les stratégies d’influence étrangères tout en déployant leurs propres architectures narratives. Cette coexistence entre principe et stratégie traduit une mutation profonde : la démocratie cesse d’être uniquement un modèle politique. Elle devient un levier de projection géopolitique.

Force est de constater que la bataille ne porte plus seulement sur la protection des institutions démocratiques mais concerne désormais le contrôle de la légitimité narrative mondiale.

La guerre mondiale des récits

Face à l’Occident, d’autres puissances ont intégré les règles de cette confrontation. La Chine développe un réseau médiatique international et investit massivement dans les infrastructures numériques globales.

La Russie, pour sa part, privilégie des stratégies informationnelles visant à fragmenter les consensus occidentaux et à exploiter les fractures sociales.

De leur côté , les puissances émergentes élaborent également des récits alternatifs destinés à contester la centralité normative occidentale. Dans ce nouvel environnement stratégique, l’information devient une ressource comparable à l’énergie ou aux technologies critiques.

Au final, la fracture contemporaine ne sépare plus strictement démocratie et autoritarisme. Elle distingue les puissances capables d’imposer leur lecture du réel de celles contraintes de s’y adapter.

Le paradoxe démocratique,

Les sociétés occidentales occupent une position ambivalente dans cette guerre d’influence. Elles revendiquent la défense du pluralisme informationnel tout en cherchant à préserver leur leadership discursif. Elles dénoncent les manipulations extérieures tout en consolidant leurs propres dispositifs d’influence.

Ce paradoxe ne signe pas la disparition du modèle démocratique. Il en révèle la transformation. La souveraineté ne repose plus uniquement sur le contrôle territorial ou institutionnel. Elle s’exerce désormais dans la capacité à structurer les imaginaires collectifs et à orienter la perception du réel.

Qui détient le pouvoir de dire le vrai ?

La guerre cognitive bouleverse la notion même de vérité politique. Elle transforme la crédibilité internationale en ressource stratégique et déplace le centre de gravité des relations internationales vers l’espace informationnel.

La question décisive ne consiste plus seulement à protéger les sociétés contre la désinformation. Elle réside dans la capacité à définir ce qui constitue une information légitime.

Dans cette confrontation silencieuse, les démocraties occidentales continuent de se présenter comme les gardiennes du débat public tout en participant à sa mise en scène stratégique. Elles dénoncent la propagande lorsqu’elle émane de leurs adversaires, mais la rebaptisent régulation lorsqu’elle sert leurs intérêts.

Last not least, la démocratie n’est plus seulement un idéal politique. Elle devient un territoire d’influence.

Et dans cette guerre invisible, la question la plus inquiétante demeure :

qui possède désormais le pouvoir de définir ce que nous devons croire être la vérité.


 
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Publié par le 3 février 2026 dans Politique et Société

 

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Zohran Mamdani, le maire que New York attendait sans y croire,

À 34 ans, le socialiste démocrate du Queens a pulvérisé les codes d’une ville qui se croyait épuisée politiquement. Né en Ouganda, d’origine indienne, musulman, immigré et new-yorkais jusqu’à la moelle, Zohran Mamdani incarne un basculement générationnel, social et moral d’une métropole qui ne veut plus des vieux récits.

Le bruit des rues New-yorkaises a changé de ton mardi soir. Ce n’était pas l’euphorie des grands soirs de baseball ni le vacarme d’un réveillon à Times Square. C’était autre chose : le son discret, obstiné, d’une réinvention politique. Zohran Mamdani, 34 ans, député du Queens, a été élu 111e maire de New York. Premier musulman, premier Sud-Asiatique et le plus jeune depuis le XIXe siècle à accéder à la fonction. Une victoire qui, en apparence, défie la gravité mais en réalité rétablit l’équilibre.

Il aura fallu une campagne d’un an, plus d’un million de portes frappées, cent mille bénévoles – des visages de tous les quartiers, des voix souvent oubliées – pour transformer un simple élu en phénomène politique. L’énergie qui s’en est dégagée n’avait rien de la ferveur habituelle des meetings New-yorkais, elle tenait plutôt du réveil. Dans les immeubles du Bronx, les cafés de Bushwick, les parcs de Jackson Heights, les conversations ont recommencé à parler de “notre ville” au présent.

Cette élection n’est pas seulement une défaite pour Andrew Cuomo, battu pour la seconde fois en cinq mois, ni pour le monde des affaires New-Yorkais qui a englouti 20 millions de dollars dans une bataille perdue. C’est une mise en échec d’un vieux système politique que les électeurs jugent corrompu, figé, hors-sol.

Zohran Mamdani n’a pas promis de miracles. Il a juste promis de la cohérence. Une ville où le prix du logement n’est plus un verdict, où prendre le bus n’est pas un luxe, où la police rend des comptes et où les enfants des immigrés n’ont plus à traduire l’Amérique à leurs parents. Des mots simples, presque naïfs dans le langage politique contemporain. Et c’est précisément ce qui les a rendus explosifs.

Il y a plus d’un siècle, un autre jeune maire, John Purroy Mitchel, avait tenté de secouer la ville. Il voulait éradiquer la corruption et restaurer la confiance. Il avait 34 ans. Il s’est écrasé en avion quatre ans plus tard, après une défaite humiliante. New York a appris à ne plus croire aux réformateurs jusqu’à aujourd’hui.

Mamdani ne cache pas ses positions : hausse d’impôts pour les riches, loyers gelés, transports publics gratuits, réforme profonde de la police. Des propositions qui font grincer Wall Street et hérissent Albany. La gouverneure Kathy Hochul détient les clés du financement de ses projets. L’épreuve de réalité commence le 1er janvier.

Mais sa victoire dépasse déjà le cadre administratif. Elle résonne comme un signal pour le Parti démocrate national : on peut parler d’égalité sans se travestir en centriste prudent, mobiliser la jeunesse sans promesses creuses, rallier les minorités sans folklore identitaire.

Les derniers jours de la campagne ont été durs, parfois laids. Cuomo a joué la carte de la peur : “l’extrémiste de gauche”, “le maire communiste”, “le danger musulman”. Trump, depuis la Maison-Blanche, a renchéri, menaçant d’assécher les fonds fédéraux et de “mettre New York au pas”. Rien n’y a fait. Les électeurs, eux, ont voté pour autre chose. Pour une idée simple : leur ville leur appartient à nouveau.

Le plus frappant, ce n’est pas l’âge de Mamdani. C’est sa capacité à réconcilier une génération avec le mot politique. Il parle de loyers et d’espoir avec la même intensité. Il cite Baldwin autant que le Coran. Il sait que gouverner New York, c’est marcher sur un fil tendu entre le chaos et la beauté.

Un siècle après le “maire enfant” Mitchel, c’est un autre jeune homme qui entre à l’hôtel de ville. Mais cette fois, ce n’est pas la ville qui le porte comme une curiosité. C’est elle qui le réclame.

New York, encore une fois, s’invente un futur.

 
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Publié par le 4 novembre 2025 dans Politique et Société

 

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Doomscrolling et surcharge informationnelle : l’épuisement global,

Nous sommes saturés. Pas de nouvelles informations, mais de la présence permanente.

Chaque écran impose son rythme, chaque notification est un tremblement. On ne s’informe plus, on subit. L’attention s’épuise avant même d’avoir trouvé un sens.

Trump a montré la voie : une phrase, un mot, suffisent à créer une tempête. Il ne s’agit pas de gouverner, mais de remplir l’espace. La politique s’est installée dans cette logique, saturer pour occuper, annoncer pour dominer. La réalité devient secondaire.

L’extrême droite dans la lancée prospère sur la haine de l’autre. Cette haine n’est jamais abstraite. Elle a un visage, un accent, une langue, une peau. Et trop souvent, ce visage, c’est le nôtre. La peur de ce que nous désignons comme extérieur finit par nous ronger. Sa méthode repose sur le refus permanent, la dramatisation, le noir complet. Pas de projet, juste de la colère concentrée.

Au milieu, les citoyens épuisés se défendent comme ils peuvent. Chaque information devient une épreuve. Chacun choisit un camp, chacun se protège. Les dirigeants eux-mêmes suivent la cadence des réseaux. Ils ne décident plus, ils réagissent. La vitesse a tué la nuance, l’action s’est perdue dans le flux.

Résultat : un brouillard permanent. Trop de faits, trop d’opinions, trop de bruit. On croit être informé alors que l’on est saturé. La fatigue mentale devient le fond de l’époque. Elle s’installe partout, de Washington à Alger, de Paris à Séoul.

Ce n’est pas un effondrement. C’est une lente érosion de la capacité à penser et à juger. Le remède n’est pas dans la technologie ni dans un discours moral. Il est dans un geste simple et rare, celui de suspendre, regarder, attendre avant de réagir.

Accepter de ne pas tout savoir et de s’en porter mieux.

La démocratie ne manque pas d’informations mais de temps pour respirer.

 
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Publié par le 23 octobre 2025 dans Politique et Société

 

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Netanyahu et Trump redessinent le Moyen-Orient, le reste du monde suit.

Ce n’est pas une table de négociation, c’est un champ de ruines. Et pourtant, c’est là, au cœur de ce qui reste de Gaza, que Benjamin Netanyahu et Donald Trump sont en train de redéfinir le Moyen-Orient – non pas en résolvant le conflit Israélo-Palestinien mais en le vidant de son contenu diplomatique, en le transformant en simple condition préalable à une nouvelle alliance régionale.

Le plan Trump pour Gaza, approuvé par le gouvernement Israélien, présenté comme un projet de « paix durable », ressemble moins à un accord qu’à une architecture de reddition : celle du Hamas, évidemment, mais aussi – plus discrètement – celle du multilatéralisme, de l’ONU, du droit international et des voix Arabes « modérées ».

Dans ce scénario, la paix ne se construit pas à deux, elle s’impose unilatéralement par la force et la désignation des partenaires légitimes. La diplomatie, ici, n’est plus une médiation. C’est une proclamation.

Le contournement assumé de la France et de Riyad

La première victime collatérale est la proposition Saoudo-Française, longtemps présentée comme la seule alternative crédible à une guerre sans fin. Conçue comme une relance du processus de paix fondé sur deux États, avec des garanties internationales, elle portait l’empreinte d’une France qui voulait revenir au centre du jeu diplomatique et d’un Riyad soucieux d’éviter une normalisation à genoux.

Mais cette initiative a été écrasée par la mécanique Trump-Netanyahu avant même d’avoir été formellement rejetée.

L’Arabie Saoudite a été dépossédée de son rôle de médiateur, la France reléguée au rang de spectateur agacé.

Pour Emmanuel Macron, c’est un camouflet diplomatique de première ampleur : non seulement Paris est exclu du format de décision, mais il est délibérément ignoré, comme si la vieille Europe n’avait plus aucune pertinence dans un conflit qui la hante depuis cinquante ans.

L’ONU dévitalisée, le droit relégué,

Ce n’est pas un oubli : le plan Trump-Netanyahu ne fait aucune référence sérieuse à l’ONU. Ce silence est intentionnel. Depuis le premier jour de cette nouvelle séquence, les deux hommes ont agi comme si le droit international n’avait plus de valeur contraignante et l’ONU, plus de légitimité opérationnelle.

Ce n’est pas seulement une critique, c’est une stratégie,

Décrédibiliser l’ONU, la Cour internationale de Justice, les résolutions passées – tout cela sert à créer un vide normatif, dans lequel une nouvelle géopolitique peut émerger. Une géopolitique dans laquelle les États-Unis, Israël, et quelques partenaires soigneusement choisis (Émirats, Bahreïn, peut-être bientôt Riyad) décident de qui est « autorisé à exister » sur la carte du Proche-Orient.

Riyad, cible finale.

C’est là que l’opération prend tout son sens. La guerre à Gaza, les frappes en Syrie, les tensions au Liban, même les provocations contre l’Iran : tout cela converge vers un objectif stratégique unique – forcer l’Arabie Saoudite à signer les Accords d’Abraham. Non pas en tant qu’acte de paix, mais comme acte d’alignement total avec un ordre régional dicté depuis Jérusalem et Washington.

Netanyahu veut cette signature non pour la photo, mais pour l’histoire. Elle viendrait entériner la fin de la centralité Palestinienne dans le monde Arabe, achever le processus d’inversion entamé avec les Émirats et Bahreïn et redéfinir le rapport de force entre sunnites et chiites, entre modérés et résistants, entre puissances Occidentales et rivaux Eurasiens.

Moscou et Pékin en observateurs impuissants.

Face à cette recomposition, que reste-t-il à la Chine et à la Russie ? Officiellement, Moscou condamne les frappes Israéliennes et soutient une solution à deux États. Pékin appelle au cessez-le-feu, se pose en médiateur neutre. Mais la réalité est crue : ni la Russie ni la Chine ne sont capables d’influer sur la dynamique en cours. Elles n’ont ni troupes sur le terrain, ni leviers économiques crédibles, ni accès aux centres de décision.

Netanyahu et Trump ont délibérément neutralisé le format multilatéral dans lequel Moscou ou Pékin auraient pu jouer un rôle. L’arène, désormais, se limite à ceux qui parlent à Tel-Aviv et à la Maison-Blanche. Les autres peuvent commenter, ils ne peuvent plus empêcher.

Une victoire à double tranchant.

Ce que Netanyahu obtient aujourd’hui, c’est une forme de suprématie diplomatique sans précédent pour un Premier ministre Israélien. Il dicte le rythme, choisit les partenaires, fixe les termes. Trump, dans son deuxième mandat, agit non pas en modérateur, mais en catalyseur.

Ensemble, ils déplacent la géopolitique hors des institutions, hors du droit, hors de la mémoire.

Mais cette domination a un prix. Gaza est en ruines. Le Liban est au bord de l’explosion. L’Iran n’a pas dit son dernier mot. Et l’opinion publique Arabe, si elle est contenue aujourd’hui, peut devenir la prochaine onde de choc.

Le plan fonctionne, pour l’instant. Mais si la paix ne vient pas, ce n’est pas une victoire. C’est une accalmie avant la prochaine tempête.

 
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Publié par le 30 septembre 2025 dans Politique et Société

 

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Saada Arbane face à Kamel Daoud: l’autre histoire.

Derrière l’éclat des plateaux télé et la gloire littéraire, l’affaire Saada Arbane contre Kamel Daoud révèle un autre visage : celui d’une lutte pour la dignité et la parole. Dans ce podcast, nous revisitons la chronologie de cette affaire, entre confidences familiales et regards de la diaspora algérienne. Avec Assia Mentouri et Sofiane Djebbar, nous interrogeons : comment une histoire intime se transforme-t-elle en affaire publique ? Et que dit-elle de notre rapport au pouvoir, à la culture et au silence imposé ? Septembre 2025. Domino Podcast est animé par: Zoubida Berrahou, Autrice et Professeur des Universités à Mascara- Algerie. Latifa Kharrat, Journaliste basée a Washington DC.

 
 

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Palestine : la reconnaissance en jeu au cœur des alliances mondiales.



La diplomatie internationale se joue sur le fil d’une ligne fragile entre droit et pragmatisme. Alors que 142 pays de l’ONU appuient la reconnaissance d’un État Palestinien, les choix stratégiques des grandes puissances et des pays arabes redessinent la carte politique du Moyen-Orient.

Montevideo 1933 : les critères d’un État,

La Convention de Montevideo [1]a fixé quatre conditions : population permanente, territoire défini, gouvernement effectif et capacité de relations internationales. La Palestine satisfait ces critères : population enracinée, territoires identifiés — Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est — et autorité administrative en Cisjordanie, l’Autorité palestinienne. La question n’est donc plus juridique, mais strictement politique.

Paris et Riyad : faire pression par le droit,

Emmanuel Macron et l’Arabie saoudite ont pris l’initiative à New York. Dix pays occidentaux, dont la France, ont soutenu la conférence, soulignant que la solution à deux États ne peut rester un slogan vide.

La Belgique a posé des conditions claires : libération des otages et exclusion du Hamas de la gestion de l’Autorité palestinienne. Le Canada a dénoncé les destructions à Gaza et en Cisjordanie tout en offrant un partenariat pour un avenir pacifique. Ces décisions, prudentes mais symboliques, rapprochent les alliés traditionnels de la majorité des États membres de l’ONU.

Washington : médiation et rôle central,

En marge de l’Assemblée générale, la Maison Blanche compte reunir des dirigeants Arabes — Émirats, Arabie saoudite, Qatar, Égypte, Jordanie, Turquie — pour examiner les moyens de mettre fin à la guerre à Gaza. Ces rencontres précèdent la visite du Premier ministre Israélien à Washington, signalant que les États-Unis restent un interlocuteur clé dans la région tout en maintenant leur soutien à Israël.

Le Qatar, loin d’être paralysé par les frappes Israéliennes sur son territoire, continue ses consultations avec Washington pour infléchir les positions de Tel-Aviv, illustrant la diplomatie régionale multipolaire : chaque acteur jongle entre mécanismes multilatéraux et bilatéraux pour peser sur la situation.

Annexions et levier nucléaire,

La menace Israélienne d’annexer des pans de la Cisjordanie intensifie la pression sur les diplomates internationaux. La conférence Paris-Riyad utilise la reconnaissance comme levier de négociation, tandis que les États-Unis misent sur un alignement stratégique avec Tel-Aviv.

Un facteur stratégique vient s’ajouter : l’accord de coopération nucléaire signé entre l’Arabie saoudite et le Pakistan. Riyad dispose désormais d’un levier indépendant capable d’influencer ses choix diplomatiques et sa position sur la reconnaissance palestinienne.

Netanyahou : le refus d’un compromis,

Benjamin Netanyahou a averti que reconnaître un État Palestinien reviendrait à « récompenser le terrorisme. »

Cette position cristallise l’opposition à toute concession territoriale et influence les calculs diplomatiques des États arabes et des puissances internationales.

Légitimité ou pragmatisme ?

Le contraste est net : la France, la Belgique, le Canada et une majorité de l’ONU misent sur le droit international et la reconnaissance pour créer des conditions tangibles à la solution à deux États.

Les États-Unis combinent soutien à Israël et médiation régionale, privilégiant des résultats pragmatiques à court terme, sans modifier le statu quo.

Entre ces visions, les pays arabes — du Qatar à l’Arabie saoudite, en passant par l’Égypte et les Émirats — doivent choisir : suivre la légitimité internationale ou s’inscrire dans un statu quo tempéré par Washington. Ce choix, plus que les discours officiels, déterminera si la reconnaissance palestinienne reste un horizon symbolique ou devient une réalité capable de transformer durablement la diplomatie au Moyen-Orient.

NDLR:

[1]

La Convention de Montevideo sur les droits et les devoirs des États est un traité signé à Montevideo (Uruguay) le 26 décembre 1933 au cours de la septième Conférence pan-américaine. Le président américain Franklin Delano Roosevelt et son secrétaire d’État Cordell Hull annoncèrent la mise en route de la politique de bon voisinage, qui mettait théoriquement un terme à la doctrine du Big Stick. L’accord est signé avec quelques réserves de la part des États-Unis, du Brésil et du Pérou.

Cette convention est citée en droit international en particulier pour sa définition d’un État souverain comme respectant les quatre critères suivants : « être peuplé en permanence, contrôler un territoire défini, être doté d’un gouvernement, et être apte à entrer en relation avec les autres États ». Cet article est considéré comme du droit international coutumier, c’est-à-dire qu’il s’applique à tous les États, même ceux qui ne sont pas parties à la Convention de Montevideo, car leur pratique est similaire au contenu de l’article.

 
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Publié par le 21 septembre 2025 dans Politique et Société

 

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