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Ceci n’est pas un journal.



Un samedi de confinement XXL, j’ouvre la porte d’entrée, question de renouer avec la chmissa et le tweet des oiseaux. Je pousse le luxe jusqu’à prendre ma kahwa sur le perron, m’en fous des voisins qui ne sortent jamais.
Je snobe, zappe, ignore royalement ma journee d’hier tout comme le parking, devant moi, essaimé de voitures parfaitement immobiles, je m’accroche plutôt au ciel et me lance vaillamment dans le sillage des rayons dorés.
Il y’a presque une vie entre les branches des arbres, ça me fait du bien.

La distanciation physique a partir des marches de mes escaliers est celle de ne pas trépasser le monde de la chose ni de suivre sa malheureuse évolution . J’ignore combien je tiendrai ainsi avant d’appuyer sur le bouton de CNN.
Je ferme les yeux, serre les mains, enfin un chitoh.

Je prends part aux festivités d’anniversaire de ma nièce via Instagram tout comme celui d’une autre amie virtuelle, célébrée par ses collègues a la rédaction d’Alger chaine 3, loin là – bas sur ma terre bleue.
« Happy birthday ya mra et des boussettes tout plein zkara fi hadik la chose », m’entendis-je crier de mon perron. Les pierrots me rejoignent dans mon envolée lyrique, un voisins ouvre sa fenetre, son chien se mit a aboyer, oups.
La chose s’enerve et me renvoie vite fait au métro qui passe au loin avec tous ses wagons … vides.

Je me réfugie dans ma cuisine, le joker se prénomme yaourt naturel. Faut dire que puiser dans la carte du terroir n’a pas ete une aventure heureuse. Le cocktail Mesfouf/ soupe de lentilles/tleytli m’ont littéralement flingué le colon, déjà mega nerveux.

L’ennui continue a creuser tranquillement son sillon dans nos tetes engourdies, on creuse, on cherche, le diner virtuel avec Mourad remis a Lydia et a moi meme du baume au coeur, enfin pour un quart d’heure.
Tic,tac,tic,tac, mon manque shot/news devient pressant, je tourne en rond, prends un livre au hasard, l’ouvre a la page 11+4+20+20 et lis a la première ligne:
-Non.
La chose s’est glissée jusqu’a entre les page du bouquin. Pfffff.

 
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Publié par le 11 avril 2020 dans A pile et face

 

Journal d’une confinée US -8-

Nous sommes tous coincés au milieu de cette chose – que ce soit en première ligne pour la combattre ou simplement dans nos maisons en attendant qu’elle passe .
De plus en plus de personnes tombent malades ces derniers jours, des proches notamment ce qui nous amène a mettre des visages sur la chose et c’est un pas de plus dans le pénible.
Les spécialistes en tout genre nous invitent a une nouvelle grammaire du pire, pour le coup je me dis qu’il n’est pas trop tôt pour réfléchir à la façon dont nous allons commencer à sortir de ce casse tête chinois. Une blague de mauvais gout, je vous l’accorde.
Un ami atteint durement du coronavirus me disait tout a l’heure qu’il n’avait qu’une envie, celle d’aller a la mer et d’y rester un long moment. Il n’a parlé ni de mets sophistiqués, ni de passer du temps avec ses deux enfants mais concentrait le peu de force qu’il avait encore sur la mer. J’ai mis ça sur le compte de l’enferment auquel il est assigné.
Ce serait donc ça l’humain, un espace illimité tangible, tactile, mouvant. Peut être .
Le mien d’espace est 24h sur 24 régie par mon iPhone et ce depuis le début de la chose. L’ecran bleu m’offre des éclaircies qui rappellent presque ma vie d’avant.  » j’ai réglé ta facture bancaire du mois précédent  » m’ecrivait Mourad, ce matin de son Emirat lointain. « Ton frere est encore plus têtu que jamais a sa maniere de refuser de porter le masque facial. » repetait la voix de ma mere agacée a partir de Annaba.
Je ris avec des copines sur facebook en faisant des blagues pourries et surveille non sans angoisse mon stock de shampoing, savon de toilette, coton- tige, dentifrice, eau de javel, glace a la vanille. Je travaille la sophistication de mes obsessions .

« Le maintien du schémas de pensée rigides exacerbe le stress et l’anxiété », a déclaré un specialiste pour rajouter ensuite, »La flexibilité est nécessaire pendant cette période d’incertitude et de changement rapide. » Je ne sais pas comment fait Stephane mon ami pour trouver la force et la constance de chanter chaque soir de son balcon et nous offrir ainsi une balade lyrique. il nous évade et nous apaise. De Paris a Washington DC, la distance s’appelle désormais, générosité .Mes pensees vont vers mon ami d’Oran qui vient a chaque fois me secouer, une maniere de me maintenir rattachée a la vie. Merci mon prince.

Afin de maintenir votre système immunitaire fort, d’autres conseillent sept à huit heures de sommeil. Faut que j’explique que depuis le début de la chose, je me suis aménagée un bureau dans ma chambre. Lydia pour sa part a déménagé son lit dans le « basement »- sous sol- avec ouverture sur le jardin.
Nous vivons ainsi chacune a une ou dans une « hauteur » différente .
Je l’entends s’affairer dans la cuisine, m’imprègne des musiques qu’elle ecoute, me parvient l’odeur de son savon a l’heure du bain. Son teint est plus pale que d’habitude mais son sourire reste intacte. Chaque soir et a heure fixe, elle m’envoie des photos de notre confinement.
Une petite histoire sur le confinement a partir du mega confinement. L’etre humain ne cessera t-il donc jamais de se mettre en scène comme pour s’assurer qu’il est en vie?

Nous sommes samedi 4 avril, il est 13:30, le ciel est gris, je ne suis ni heureuse ni franchement malheureuse mais tente de digérer la vie sous le règne de la chose. Mourad voudrait que nous puissions diner ensemble via écran . Un vrai diner familial avec plats chauds et jolies assiettes. Il parle de jeudi prochain. Faudrait que je trouve un menu facile a concocter, surtout pour lui. J’entends une ambulance au loin ainsi que le métro au delà du parking, devant la maison, essaimé de voitures a l’arrêt .
Lydia m’apporte une assiette: »N’oublie pas de manger maman. »

Photo tirée du journal visuel sur le confinement. Credit Lydia Chebbine.

 
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Publié par le 6 avril 2020 dans A pile et face

 

Journal d’une confinée US -5-

Ceci n’est pas un journal,

Vendredi, samedi, dimanche, les jours se suivent avec cette impression déplaisante de réécrire la même page.
Les mots se tiennent droits, en bloc, serrés les uns aux autres, n’offrant aucun interstice, pas même le moindre fil d’air.

Au dessus de cette orange bleue, des passions : espoirs, rêve , abnégation. Mais aussi des malheurs: terreur, félonie, abrutissement, ignorance, mesquinerie, le tout liés dans le désordre,
Tableau inachevé.

Deuxième semaines de confinement ou un peu plus, la lassitude serpente les têtes, écroue les coeurs, tu traines en pyjamas, mal rasé, aux aguets, inquiet, penché sur les traces d’un virus qui aurait pu coller aux semelles de tes chaussures.

Broyé par la terreur, tu n’as de yeux que pour les autres, a attendre perfidement leur fin, pas même capable d’anticiper ton agonie. La chine, la Corée, Hong Kong, l’Italie, L’Espagne.
Voyeur est ton nom.

Je devais voyager, aller au devant des visages avenants, cueillir des sourires et glisser ma main dans celles des enfants marins. Parait qu’ils sont de bon conseil.
………………………..

Tu rattrapes le train.
Haletant , tu te laisses glisser sur la banquette rouge, déplie le journal sans lâcher de l’autre main, la couronne.
Ma plus belle image de toi.

Photo de Lydia Chebbine.

 
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Publié par le 6 avril 2020 dans A pile et face

 

Journal d’une confinée US -4-

j’ai ouvert le livre du monde,
2e jours de printemps versus 8e jours de confinement, la température est bienveillante même si le soleil hésitera longtemps avant de montrer le bout du nez.
Qu’importe, le cerisier, lui, eu l’extreme délicatesse de dérouler toute son efflorescence en une nuit.
Miracle,
J’ouvre les fenêtres, régle la radio sur TSF jazz, la maison est une ile au gout iodée. Au bout d’un moment, je ferme les yeux et m’en vais chercher en moi les question du dehors.
Agitation,
Il y a 18 170 cas confirmés de coronavirus aux États-Unis et 241 personnes sont mortes du virus.
Ce quelque chose nous cherche, nous provoque, nous pousse a bout. Ce n’est pas un combat a la loyale.
Ce quelque chose n’a aucune éthique a sa manière de brouiller les piste. Plus d’hommes meurent du coronavirus que de femmes en Italie, une autre anormalité qui affole les laboratoires de recherche
Tic-tac,Tic,tac,
De la fièvre, de la toux, des difficulté a respirer et les symptômes de grippes et de rhume, Il faut poser le diagnostique.
Apres, tout partira très vite. Les épidémiologistes disent qu’il faudra beaucoup de temps pour bien comprendre les mécanismes de l’épidémie.
Indice.
Le président Américain Donald Trump aurait ignoré les rapports des agences de renseignement américaines et ce deja à partir de janvier. Ces rapports mettaient en garde contre l’ampleur et l’intensité de l’épidémie en Chine, puis dans d’autres pays.
Les mêmes rapports ont averti que les autorités chinoises minimisaient l’impact. l
a Chine auraient tue la vérité en fournissant des données inexactes sur les taux d’infection et de mortalité dûs à la maladie.
Voix
Les restrictions s’intensifient considérablement au milieu de la pandémie croissante du covid 19
l’Illinois et ses 13 millions d’habitants sont les derniers à rejoindre la Californie en se rapprochant d’un verrouillage efficace.
Pendant ce temps, la grande pomme -New York- demande aux travailleurs non essentiels de rester à la maison.
La Floride, elle, ferme les restaurants, les bars, les gymnases et la frontière américano-mexicaine clos ses portes aux voyages non essentiels.
Trump, cerné par les critiques de l’opposition et la presse réunies quant a sa gestion désastreuse de la pandémie subira de plein fouet la crise avec la fermeture du National Golf Club de Los Angeles, un club lui appartenant.
Qu’est ce qui me tuera en premier?
Je me moque de Trump mais me méfie du coronavirus.
je fais face a la constance des partisans de la théorie du complot et me heurte a l’aveuglement des extrémistes religieux.
Ne me sauvera, au final, du tumulte que le visage de l’enfant, penché sur les fleurs du cerisiers au fond du jardin.
20 Mars 2020.

 
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Publié par le 6 avril 2020 dans A pile et face

 

Journal d’une confinée US -3-

Nous sommes tous porteur du coronavirus. Nous fêtons ce jeudi, non sans un certain plaisir, la première semaine de confinement aux States. 7x24heures donc a essayer de comprendre, a tenter d’accepter afin de pouvoir s’adapter au brand new « SOCIAL DISTANCING. » A tous, on a demandé de s’entourer d’une sorte de bulle immatérielle/ translucide et de ne permettre a quiconque d’y entrer. Pas même sa propre mère ou son enfant encore moins son voisin voire les piétons nombreux sur le trottoir Bref l’humain dans sa bulle se doit de prendre abondamment ses distances . Une expérience sociétal ? Du tout puisqu’il est paradoxalement question de s’essayer au non-communautaire. Ce tout nouveau statut du non-collectif, donc, devient par un tour de passe passe la seule condition qui garantirait la pérennité du communautaire que nous avons évincé avec le social distancing du tout début . Trop confus? Qu’importe, vous aurez 14 jours pour détricoter qui de l’oeuf ou de la poule a connu le coronavirus en premier? Le premier qui trouve se verra offrir du produit détergent, des gants de chirurgie et un flacon de gel désinfectant. Force est de croire que La pandémie qui secoue le monde a le don de nous faire tourner sur nous même, confiné chez soi ou a courir tous les commerces avoisinants a chercher eau de javel, alcool a 60 degré et masques FPP2. Je resume: Des hommes dans des bulles translucides se tiennent loin les uns des autres, les bras chargés de produits désinfectants . Cette posture reposant sur de rares liens nous dépouille et nous reduit a notre nullité . Hier encore je disais que le coronavirus nous confondait dans notre réalité spacio-temporelle. Le voila dans un deuxième temps réussissant a nous sortir de la sphère du sentimental.
PS:
Les photos sont celles de la réalité marchande en ce mercredi Américain du 18 mars 2020.

 
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Publié par le 6 avril 2020 dans A pile et face

 

Journal d’une confinée US -2-


Coronavirus Day 6, nous trainons un chouia la savate. Le mental est soumis a rude épreuve vu la cadence des news et la cruauté des chiffres de la contamination constamment a la hausse.
Il y’a urgence a maintenir des règles d’hygiène strictes en exagérant le moindre geste, l’infini détails. La fragrance du savon, l’onctueux de la crème pour le corps ou la douceur du drap de bain deviennent pour ainsi dire des preuves de vie.
Persister dans sa routine, s’inventer de nouvelles priorités et apprivoiser l’être confiné qui parle, bouge, réfléchit en apparence comme vous avec ce je ne sais quoi de different, enfouis, sourd, un tantinet déroutant.
Mais le plus anxiogène reste cette voix qui vous tambourine les tempes: Coronavirus, coronavirus, coronavirus, corro bla-bla-bla-bla.
Faut surtout pas céder, plutôt l’éluder, la confondre avec le charivari de vaisselles, le commérage de l’aspirateur et la sélection sur spotify qui rejoue en boucle,
« Imagine there’s no heaven
It’s easy if you try.
No hell below us
Above us only sky
Imagine all the people
Living for today.

Imagine qu’il n’y a aucun pays,
Ce n’est pas dur à faire,
Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir,
Aucune religion non plus,
Imagine tous les gens,
Vivant leurs vies en paix…

Ainsi serpente la journée entre one shot skype contre two shots of FB. J’aimerai prolonger les abondances, ne jamais interrompre les chuchotements et dormir auprès de ma mère , mon frère , mes petits neveux. Les Emirats ont fermé, ciel, terre et mer. Mourad ne peut plus nous rejoindre. Les States sont loin de tout, tellement loin, sauf du coronavirus.
Photos de Lydia Chebbine.
18 mars 2020.

 
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Publié par le 6 avril 2020 dans A pile et face

 

Journal d’une confinée US -1-

Le premier cas Américain de coronavirus a été signalé en janvier, un homme de l’État de Washington de retour de Chine.
Près de deux mois plus tard, le décompte funeste passe de 85 décès à 105 en seulement quelques heures.
Que peut on rajouter de plus une fois qu’on a dit cela? Et c’est la où les mots butent pour nous revenir au visage puisque ni la chronologie ni le mouvement ne dépeignent tous ce que nous avons connu jusque là.
Un petit déjeuner sous le règne du coronavirus ne ressemble en rien a celui de l’avant confinement forcé dans le sens ou il ne sera pas automatiquement suivi par le départ précipité vers les lieux de travail ou l’école voire le cabinet du médecin de famille.
La porte d’entrée dans ce sens perd de sa fonction échappatoire.
Faut souligner que la hiérarchie des accès / passage qu’incarnent les portes s’en ressent et fondamentalement. La porte du garde-manger par exemple ou celle du réfrigérateur beaucoup plus sollicitées que de coutume, gagnent du galon.
Les portes de l’armoire pour leur part perdent en grade et restent fermées. Nul besoin du manteau ou de la veste en velours quand on ne quitte pas la maison.
Last but not least nous arrivons a la porte de la pièce du salon transformée en bureau avec le mode télé/travail. Elle devient ainsi hautement stratégique puisqu’elle nous isole du bruit ambiant en déroulant un semblant de normalité.
Bref, toute la ponctuation de notre évolution dans l’espace maison est brutalement/profondément chamboulée et ce n’est pas sans conséquences sur notre univers, l’ordonnancement de nos priorités et notre élasticité motrice.
Le virus que nous n’arrivons pas a retracer et passons notre journée a traquer s’attaque, lui, a notre motricité, la brouille pour nous confondre dans notre structure spatio/temporelle.
Une stratégie de guerre en somme digne des armées les plus pointues de ce monde et ce n’est pas qu’une vue de l’esprit.

Galerie photo de Lydia Chebbine.
17 mars, 20:43 · 

L’invité surprise,

 
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Publié par le 6 avril 2020 dans A pile et face

 

Tout et personne,

Le script:
Scène 1:
Le principe est justement celui de ne rien transcrire au préalable. Pas même une ombre, encore moins un décor. Il n’est pas question de couleur, de musique, d’une quelconque brise qui glisserait sous le pan d’un voilage suspendu a la fenêtre.

Un collier de ballons de savon.

Scène 2:
Fondu/enchaîné qui s’ouvre sur un couloir traversé par un essaim de poussières ourlées de fragments de soleil. La camera peine a rendre la douce lenteur au gout vanillé disputant la cuisine au frétillant sifflement de la cafetière Italienne.


Découpage technique/Travelling avant :

Nous exposons un cinéma,décidément, raide. Un minimalisme poussé a l’extrême, sans appui,e ntre le sublime suprême et l’extrêmement friable.

Préambule:
Nous remettons la chronologie en jeu pour un premier lâcher de ballons
.

Le geste:
Une femme qui dégrafe son soutien gorge en faisant glisser les fines bretelles de lingerie sur le rond lisse et exquis des épaules. Autant parler d’une épopée sur le trouble accentué par le mouvement saccadé des mains qui viendront se heurter aux battements du cœur, sur la ligne de la naissance des seins au teint laiteux , incroyablement translucide.


L’ image:
La main d’un nouveau-né emmitouflée de dentelles et de satin. Une gesticulation lente dessinant une caresse. L’adulte tend la main a son tour. De loin la poésie des clochers embrasse le chant du Muezzin.

Premier pas vers l’éternité.

Le souvenir:
Une femme signant la fin de plus d’une décennie de compagnonnage laborieux. Debout devant l’enseigne en verre, elle s’étonnait de son agnosticisme tout frais. Aucun regret ni nostalgie amère envers tous ceux qui lui avaient emboîté le pas par temps d’automne, d’hiver, de printemps et d’été.

Quelque chose l’attend ailleurs.

Générique de fin:
Il ne peut y en avoir en l’absence de script, de scène, de héros/démiurge.

La perversité si je le veux.

 
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Publié par le 24 septembre 2019 dans A pile et face