
D’abord, la divulgation de noms de personnalités Marocaines, Égyptiennes, Émiraties, Saoudiennes, Qatariotes, Yéménites, Koweïtiennes, Libanaises et Bahreïnies dans les dossiers Epstein a produit un silence plus éloquent que n’importe quel démenti. Aucun communiqué officiel offensif, aucune riposte diplomatique visible, aucune tentative publique de contre-récit. Ce mutisme n’est ni accidentel ni improvisé : l’invisibilité est une stratégie assumée.
Les pays concernés choisissent de neutraliser l’affaire par l’évitement. L’objectif n’est pas de convaincre mais de désamorcer. Dans les pays du Golfe, où la légitimité repose sur la performance économique, la stabilité sociale et la projection régionale, l’exposition médiatique constitue un risque stratégique. Dans d’autres contextes, comme le Maroc, la vulnérabilité tient moins à la puissance économique qu’à l’équilibre interne fragile.
Le scandale Epstein, impliquant Ahmed Aboul Gheit, Sultan Ahmed bin Sulayem, Aziza al-Ahmadi, Yousef al-Otaiba, Taïeb Fassi Fihri, Abdeslam Jaïdi, Mostafa Terrab, le Roi Mohammed VI, Cheikh Hamad ben Jassim, Jabor Bin Yousef Bin Jassim Bin Jabor al Thani, Shaher Abdulhak, Anas al Rasheed, Abdallah ben Zayed Al Nahyan, Saad Hariri et Khalid ben Ahmed Al Khalifa, n’est pas traité comme une affaire judiciaire mais comme une variable de vulnérabilité informationnelle. La priorité n’est pas la transparence mais la continuité et le maintien des équilibres internes.
Cette stratégie révèle une fracture entre régimes informationnels. Les démocraties occidentales n’ont pas cherché à éclairer le public : elles ont filtré, retardé et dilué l’information pour protéger leurs élites et le Président Américain, utilisant médias et plateformes comme instruments de contrôle narratif. Les pays Arabes et du Golfe, eux, considèrent le scandale comme une perturbation externe sans effet systémique. Ce n’est pas un désaccord moral : le scandale n’a d’impact que dans le contexte du régime politique et du contrôle de l’information. Le silence devient alors un instrument de souveraineté.
Cette logique de contrôle n’est pas neutre. Elle repose sur la capacité à contenir la circulation transfrontalière des informations, tout en reconnaissant que le scandale circule dans des réseaux judiciaires, enquêtes collaboratives et bases de données publiques. La non-réponse ne supprime pas la diffusion : elle la décorrèle du champ politique interne et protège les équilibres stratégiques.
En définitive, l’affaire Epstein ne révèle pas seulement la porosité des élites occidentales ; elle expose aussi la diversité des logiques de pouvoir et de contrôle de l’information. Dans certaines régions, la circulation d’une information sensible est subordonnée à la stabilité et à la projection de puissance. Dans d’autres, elle est manipulée pour protéger des élites politiques. La question centrale n’est plus ce qui est vrai, mais qui décide que cela mérite d’être reconnu.
Dans cette architecture fragmentée du réel, le silence et la manipulation sont des réponses stratégiques. Epstein n’est pas seulement un scandale judiciaire : il est un révélateur des mécanismes de pouvoir transnationaux et de la façon dont l’information circule selon les logiques de souveraineté et de protection des élites.