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PrĂšs de six mois aprĂšs le dĂ©but de la guerre contre l’Iran, un glissement s’est installĂ© dans le langage mĂ©diatique. Ce qui avait commencĂ© par des frappes conjointes des Ătats-Unis et d’IsraĂ«l est dĂ©sormais prĂ©sentĂ© de plus en plus souvent comme une guerre AmĂ©ricaine contre l’Iran.
Une guerre peut pourtant changer de nom sans changer de commencement. Et lorsque son récit change de propriétaire, la question de la responsabilité change elle aussi.
Tout remonte au 28 fĂ©vrier, jour oĂč les Ătats-Unis et IsraĂ«l ont lancĂ© des frappes conjointes contre l’Iran. Six mois plus tard, l’agence de presse Reuters rappelle encore que le conflit a commencĂ© par ces frappes AmĂ©ricano-IsraĂ©liennes, un fait que le vocabulaire dominant a pourtant fini par estomper.
La guerre est dĂ©sormais racontĂ©e principalement Ă travers Washington, la Maison-Blanche et Donald Trump. Les nĂ©gociations, les sanctions, le dĂ©troit d’Ormuz et les menaces de nouvelles opĂ©rations sont dĂ©crits avant tout comme les Ă©lĂ©ments d’une confrontation entre les Ătats-Unis et l’Iran.
Reuters parle aujourd’hui de la guerre avec les Ătats-Unis et l’autre agence de presse AP de « U.S.-Iran war », deux formulations qui achĂšvent de sortir IsraĂ«l du cadre, sans que ce dĂ©placement soit anodin.
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Lorsqu’une guerre devient, dans le langage courant, la guerre AmĂ©ricaine contre l’Iran, celui qui apparaĂźt comme son principal responsable devient naturellement celui qui doit l’expliquer, la poursuivre ou y mettre fin. IsraĂ«l demeure prĂ©sent dans le conflit mais tend Ă disparaĂźtre de son appellation, alors qu’il n’est pas un acteur arrivĂ© aprĂšs coup.
Le conflit a commencĂ© par une opĂ©ration militaire menĂ©e avec les Ătats-Unis et le rĂŽle de Benjamin Net an yahou demeure Ă©troitement liĂ© Ă cette sĂ©quence. En juillet, le Washington Post dĂ©crivait encore une guerre dont les promesses de victoire rapide faites par IsraĂ«l avaient laissĂ© place Ă un conflit prolongĂ© et Ă des tensions croissantes entre Benjamin Net an yahou et Donald Trump. Le Jerusalem Post est allĂ© plus loin en Ă©voquant une bataille de perception, celle de savoir s’il s’agit de la guerre de Washington ou de celle de Net an yahou, un enjeu qui pourrait dĂ©terminer le niveau de soutien dont la guerre bĂ©nĂ©ficie encore aux Ătats-Unis.
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Que les Ătats-Unis soient aujourd’hui au centre de la guerre ne fait guĂšre de doute. Leur puissance militaire, leur blocus naval et leur confrontation directe avec TĂ©hĂ©ran occupent dĂ©sormais une grande partie du rĂ©cit.
Or, ĂȘtre devenu le principal acteur d’une guerre ne signifie pas en ĂȘtre devenu rĂ©troactivement le seul propriĂ©taire historique.
C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ que le langage mĂ©rite d’ĂȘtre observĂ©. Une guerre peut changer de dynamique, de centre de gravitĂ© et mĂȘme de rapport de force. Elle ne peut pas pour autant changer son acte fondateur, mĂȘme quand le conflit se prolonge bien au-delĂ de ce qui Ă©tait initialement attendu.
Le Financial Times parle toujours d’une guerre AmĂ©ricano-israĂ©lienne contre l’Iran et souligne qu’elle a profondĂ©ment bouleversĂ© l’Ă©quilibre rĂ©gional, ce qui impose une question. Pourquoi l’un des deux protagonistes du dĂ©clenchement tend-il Ă disparaĂźtre de la maniĂšre dont la guerre est dĂ©sormais nommĂ©e ?
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Il serait trop simple d’y voir uniquement une volontĂ© organisĂ©e d’effacer IsraĂ«l. La rĂ©alitĂ© militaire a changĂ© et les Ătats-Unis ont progressivement pris une place dominante dans la conduite du conflit. Donald Trump concentre dĂ©sormais l’essentiel de l’attention diplomatique et politique internationale. Mais cette Ă©volution explique le dĂ©placement du rĂ©cit sans effacer le point de dĂ©part.
Le paradoxe est là . Le conflit a changé de propriétaire narratif sans changer de déclencheur historique.
Les mots que nous utilisons pour dĂ©signer une guerre dĂ©terminent aussi la maniĂšre dont nous percevons ceux qui l’ont voulue, ceux qui l’ont dĂ©clenchĂ©e et ceux qui doivent en rĂ©pondre. Ce glissement n’est donc pas seulement sĂ©mantique.
Ă mesure que la « guerre AmĂ©ricano-IsraĂ©lienne contre l’Iran » devient simplement « la guerre AmĂ©ricaine contre l’Iran », IsraĂ«l recule dans le rĂ©cit alors mĂȘme qu’il demeure l’un des protagonistes militaires du conflit.
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Une guerre garde toujours la mĂ©moire de son premier jour, mĂȘme quand son nom change. Le 28 fĂ©vrier ne s’efface pas parce que Washington occupe dĂ©sormais tout l’espace du rĂ©cit. Et le jour oĂč l’histoire devra rendre des comptes, elle les cherchera aussi Ă Tel-Aviv.
Sources : Reuters, Associated Press, Washington Post, Financial Times, Jerusalem Post.
