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Archives du 18 juillet 2026

Quatre-vingt-dix minutes

Quand la source n’est plus Tsahal

Un communiqué de Tsahal publié le samedi 11 juillet 2026 affirme que l’armée est intervenue pour rouvrir une route bloquée illégalement en Cisjordanie occupée. Les images prises sur place racontent une tout autre histoire.

Mercredi après-midi, le représentant démocrate Ro Khanna visitait les ruines de Khirbet Zanuta, un village bédouin palestinien démoli après des mois d’attaques de colons, lorsqu’une voiture remplie d’hommes armés a bloqué la route étroite menant au site. Les hommes ont insulté le groupe en hébreu et en arabe puis ont donné des coups de pied dans les pneus du minibus, selon le récit établi par Lisa Lerer pour le New York Times à partir des témoignages de Khanna, de son assistant, de son garde du corps et d’un photographe du journal présent sur place dans un véhicule distinct. Une Jeep chargée d’autres hommes est arrivée peu après, resserrant le blocus.

Deux voitures de l’armée Israélienne ont fini par se présenter sur les lieux et Khanna a d’abord cru que les soldats venaient le dégager. Ils ont plutôt allumé des cigarettes et engagé la conversation avec les colons, puis, une fois ceux-ci repartis, ont eux-mêmes déplacé un véhicule pour maintenir la route fermée. Ce n’est qu’après des appels pressants à l’ambassade Américaine et à la police Israélienne que Khanna a pu reprendre la route, quatre-vingt-dix minutes après le début du blocage.

Le communiqué militaire publié trois jours plus tard ne mentionne aucun de ces détails. Il évoque un signalement reçu concernant des civils Israéliens bloquant illégalement la circulation de ressortissants étrangers et de journalistes, des troupes dépêchées sur place et une route rouverte. Il nie toute implication de soldats dans le blocage et indique que l’identité du civil armé reste sous investigation. Entre les deux récits s’étend l’écart habituel entre le langage administratif et le fait brut, sauf que cette fois il est documenté par un membre du Congrès des États-Unis lui-même, appuyé par un journal qui a envoyé son propre photographe sur les lieux.

La version de Tsahal circule d’ordinaire seule, reprise telle quelle par des agences qui n’ont ni les moyens ni l’accès pour la vérifier sur le terrain, jusqu’à devenir le récit officiel avant même que quiconque ait eu le temps de la questionner. Un élu Américain accompagné d’une équipe, d’un garde du corps et d’un journal qui documente chaque minute a cette fois produit un contre-récit précis, daté, sourcé, avant même que l’armée ait pris la peine de commenter.

Khanna, qui envisage une candidature à la présidentielle de 2028, a décrit son sentiment d’impuissance pendant ces quatre-vingt-dix minutes puis a ajouté que cette impuissance est le lot quotidien des Palestiniens sous occupation. Le mot est mesuré. Ce que montre l’épisode l’est moins. Quand des soldats regardent des civils armés bloquer une route puis reprennent eux-mêmes le blocage une fois les colons repartis, il n’y a plus besoin d’interpréter les intentions de qui que ce soit. Il suffit de lire ce que les images montrent.

L’épisode survient alors que l’opinion démocrate sur Israël continue de basculer, au moment même où un autre candidat potentiel à la présidentielle, Rahm Emanuel, prenait la parole à l’Université de Tel Aviv, invité par l’institution elle-même, pour livrer sa propre critique du gouvernement de Netanyahou. Deux élus Américains, deux voyages, deux accueils. L’un reçoit une invitation officielle et une tribune universitaire. L’autre se fait bloquer sur une route par des hommes armés pendant que des soldats fument à côté.

La différence de traitement ne tient pas au message. Emanuel a lui aussi appelé à mettre fin à l’aide militaire Américaine et qualifié la politique du gouvernement Israélien d’impasse. Tel Aviv offre une tribune, Khirbet Zanuta une route bloquée mais les deux terrains racontent le même effondrement. Un gouvernement d’extrême droite qui ne survit ni aux questions posées dans l’amphithéâtre ni aux images prises sur la route n’a plus grand-chose à défendre.

 
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Publié par le 18 juillet 2026 dans Politique et Société

 

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