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04 Juil

Deux Ă©ditoriaux du New York Times marquent les 250 ans de la RĂ©publique AmĂ©ricaine. Nous les lisons ensemble pour mesurer ce que l’AmĂ©rique s’Ă©tait promis et ce qu’elle est devenue sous Donald Trump, avant d’interroger la nature mĂȘme du patriotisme qui prĂ©tend la sauver.

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Une femme aborde Benjamin Franklin Ă  la sortie de la Convention de Philadelphie en 1787 et lui demande quel rĂ©gime les dĂ©lĂ©guĂ©s viennent d’inventer. Il aurait rĂ©pondu que les PĂšres fondateurs venaient de fonder « une RĂ©publique, si vous savez la garder ». La phrase tient tout entiĂšre dans ce « si » qui traverse deux siĂšcles et demi pour venir se loger, intact, dans l’AmĂ©rique de 2026, enlisĂ©e dans les conflits et dirigĂ©e par un nationaliste belliqueux et imprĂ©visible.

Sous cette prĂ©sidence 2026, l’Ă©quilibre imaginĂ© par James Madison s’est rompu. Il avait conçu un systĂšme oĂč le pouvoir contiendrait le pouvoir Ă  la maniĂšre d’un planĂ©tarium en parfait Ă©quilibre. Le caprice d’un seul homme se traduit dĂ©sormais en tarifs douaniers ou en guerres pour une autre nation, ce qui ramĂšne la question de Franklin Ă  son point de dĂ©part.

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Le pacte originel tenait en cinq exigences:
Un peuple qui s’autogouverne doit d’abord partager un mĂȘme socle de faits avant de pouvoir dĂ©libĂ©rer, une condition que l’intelligence artificielle capable de fabriquer des mensonges convaincants en quelques secondes achĂšve de dissoudre.
Il doit ensuite accepter la dĂ©faite Ă©lectorale comme le prix normal du jeu plutĂŽt que comme une catastrophe, alors que l’adversaire politique est aujourd’hui traitĂ© en ennemi plutĂŽt qu’en concitoyen.
Il doit tenir sa promesse matĂ©rielle, celle qui permet Ă  qui travaille de s’Ă©lever et de transmettre cette Ă©lĂ©vation Ă  ses enfants, une promesse que cinquante annĂ©es d’inĂ©galitĂ©s croissantes et de stagnation du niveau de vie ont vidĂ©e de son contenu.
Il doit accueillir dans une mĂȘme citoyennetĂ© des origines et des confessions multiples unies par l’adhĂ©sion Ă  un ensemble d’idĂ©es plutĂŽt que par le sang, un principe que la remise en cause du droit du sol par la Cour SuprĂȘme vient directement fragiliser.
Il doit enfin consentir aujourd’hui des sacrifices dont les gĂ©nĂ©rations suivantes recueilleront seules les bĂ©nĂ©fices, Ă  l’image du changement climatique qui s’accĂ©lĂšre pendant que les dettes s’accumulent auprĂšs de ceux qui n’ont jamais Ă©tĂ© consultĂ©s, cinq fissures que le dĂ©bat public a cru pouvoir refermer par un simple supplĂ©ment de patriotisme.

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Cette rĂ©ponse a structurĂ© la campagne de Joe Biden en 2020. Elle repose pourtant sur une confusion que George Orwell avait dĂ©jĂ  dissipĂ©e. Le patriotisme humble, attachĂ© Ă  un lieu et Ă  une maniĂšre de vivre, n’a rien Ă  voir avec le nationalisme, cette soif de prééminence qui rend aveugle aux crimes commis par son propre camp.

L’image que l’AmĂ©rique se fait d’elle-mĂȘme comme nation indispensable et CitĂ© sur la colline appartient dĂ©jĂ  Ă  ce second registre, ce que Frederick Douglass et William Lloyd Garrison avaient compris avant tous les autres. Pour eux, cĂ©lĂ©brer l’Union et vĂ©nĂ©rer les PĂšres fondateurs revenait Ă  sanctifier l’État qui protĂ©geait l’esclavage, le patriotisme n’Ă©tant pas un vernis posĂ© sur une structure dĂ©faillante mais le ciment mĂȘme qui la maintenait debout.

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L’histoire AmĂ©ricaine ne s’est jamais rĂ©parĂ©e par simple nostalgie du texte fondateur. Elle s’est rĂ©parĂ©e chaque fois qu’un nombre suffisant de citoyens a jugĂ© l’alternative inacceptable et s’est mis au travail, pendant la guerre de SĂ©cession, pendant la Grande DĂ©pression, pendant la lutte pour les droits civiques. Jane Addams proposait dĂ©jĂ  une autre voie que le repli patriotique, celle d’un attachement nourri par la diversitĂ© plutĂŽt que menacĂ©e par elle. Cette intuition dessine la seule direction encore ouverte aujourd’hui.
Se rĂ©approprier le patriotisme ne consiste donc pas Ă  se rĂ©approprier le drapeau mais Ă  retrouver ceux qui refusĂšrent d’abandonner la dĂ©mocratie quand on les traitait d’anti-AmĂ©ricains pour cela.

Rien ne garantit qu’un tel sursaut suivra le mandat de Trump. Un droit du sol fragilisĂ©, un exĂ©cutif qui a appris Ă  contourner ses propres garde-fous et une population AmĂ©ricaine habituĂ©e Ă  voir son voisin politique en ennemi ne s’effacent pas au lendemain d’une Ă©lection. L’espoir existe pourtant, Ă  condition de ne plus le confondre avec une prophĂ©tie inscrite dans la Constitution. Il reste un pari, celui de savoir si les AmĂ©ricains de 2026 voudront encore payer le prix que payĂšrent leurs devanciers pour garder ce que Franklin, Ă  la sortie de la Convention, avait qualifiĂ© de RĂ©publique conditionnelle.


 
 

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