RSS

Archives de Tag: Alger/Washington

Scandales Américains, onde de choc planétaire.

Une question est revenue avec insistance cette semaine. Pourquoi le monde entier entend-il et découvre-t-il ces scandales Américains qui, bien que situés à l’origine dans une géographie précise et définie, débordent systématiquement sur le reste du monde.
Qu’on se le dise, cette circulation ne relève ni du hasard ni d’un simple effet médiatique. Elle s’inscrit, plutot, dans une architecture de pouvoir, d’information et de finance dont les États-Unis constituent le centre de gravité.

L’affaire Epstein en fournit aujourd’hui l’illustration la plus nette. The New York Times, Vanity Fair, Herald Miami et d’autres n’ont pas seulement publié des documents. Ils ont reconstruit des réseaux d’argent et d’influence, rendu visibles des complicités institutionnelles et déplacé le centre de gravité du secret vers l’espace public.
Très rapidement, la presse mondiale s’est placée dans le sillage de cette presse Américaine qui s’est distinguée dans la production de faits vérifiés, de récits structurés et d’enquêtes de fond.

Or cette avance ne s’est pas construite dans un vide politique. Bien au contraire, elle s’est affirmée malgré les pressions de la Maison Blanche 2026 et son armada médiatique mobilisée autour de Fox News, X, Newsmax et Truth Social, etc. Ces machines narratives pro-Trump, pourtant puissantes et coordonnées, n’ont pas réussi à étouffer l’affaire ni à en neutraliser la circulation internationale. En effet, la visibilité s’est imposée là où le silence était attendu.

Toutefois, cette dynamique rappelle d’autres scandales Américains qui ont traversé les frontières et structuré l’espace public international. Fraudes financières systémiques, effondrements de conglomérats, abus de pouvoir dans les industries culturelles voire des dérives institutionnelles majeures pour ne citer que ces scandales. Sans entrer dans le détail, chacun a révélé des dysfonctionnements dont les effets ne pouvaient rester confinés à un seul territoire.

Aussi, le monde ne découvre pas ces affaires par accident. Il les reçoit à travers un système médiatique Américain structuré, concentré et influent, capable de transformer des faits locaux en événements globaux. La presse d’investigation Américaine ne se contente pas d’informer. Elle force le réel à sortir de l’ombre, elle contraint les puissants à répondre et elle empêche le système de refermer trop vite la parenthèse du scandale.
Et si la presse Mondiale s’y aligne, Ce n’est ,certainement, pas par mimétisme mais par nécessité informationnelle.

Nous rappellerons sans cesse que les victimes d’Epstein sont et resteront la priorité absolue. Mais l’état de la presse impose une vigilance tout aussi urgente. La concentration des médias entre les mains d’intérêts économiques n’a pas empêché, fort heureusement la présence de journalistes debout, rigoureux et indociles. Leur persistance empêche la normalisation du silence et c’est inespéré.

Restes que le défi est désormais global. L’affaire Epstein et ses retombées sur des personnalités et des décideurs mondiaux replacent le droit du citoyen à l’information à son niveau réel, non comme un principe abstrait mais comme une condition de survie démocratique. Si cette ligne cède, ce ne sera pas une crise passagère, ce sera l’hiver de l’information. Gramsci l’a écrit, immuable et prophétique « Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres. »

 
Poster un commentaire

Publié par le 9 février 2026 dans Politique et Société

 

Étiquettes : , , , , ,

Le nouveau désordre Mondial.





Regarder, dénoncer, commenter ne change rien. Le système digère chaque scandale, l’intègre et continue. Briser ses structures est la seule garantie que nous ne retomberons pas dans le même piège. Tout le reste n’est que répétition, illusion de justice et fatigue morale programmée.




Les Epstein Files, publiés massivement le 30 janvier 2026, n’ont pas simplement révélé un système d’abus. Ils ont, surtout, bouleversé un paysage moral global. Et le choc ne se limite pas aux États‑Unis puisque nous sommes face à un récit multilingue et multinational d’une ampleur telle qu’il offre un boulevard aux conspirationnistes de tous bords.

À peine une semaine après les premières révélations, le voyeurisme semble l’emporter sur le débat public. Le scandale se mue, ainsi, en spectacle et l’essentiel disparaît, englouti par la curiosité morbide et le sensationnel.

Pourtant, une question seule mérite de guider la réflexion et s’impose malgré le tumulte : il faut regarder ce que cette affaire dit du monde que nous sommes en train de normaliser.

Structures et répétitions

Faut-il rappeler que la crise des Subprimes de 2007‑2008 a révélé la cupidité des banques, l’ingénierie financière sans frein et les dégâts sociaux massifs qui en ont découlé.

Par ailleurs, Bernard Madoff en 2008 a trahi la confiance, mis en place un système pyramidal et exposé l’aveuglement des institutions.

De son côté, Harvey Weinstein en 2017 a abusé, instauré la peur et échangé carrière contre dignité.

Pour finir, Jeffrey Epstein en 2026 a repris et amplifié toutes ces logiques, tissant des réseaux d’argent et de pouvoir, imposant le silence et organisant l’impunité de manière encore plus spectaculaire.

Q’on se le dise, ces affaires ne relèvent pas de déviances individuelles. Elles relèvent de structures. Toujours les mêmes ingrédients se répètent : asymétrie d’information, concentration du pouvoir, dépendance économique et lâcheté collective.

Maintenant , la vraie question n’est pas celle du comment ont-ils fait. Elle est pourquoi tant de gens ont laissé faire et surtout ce qui se construit sous nos yeux pendant que nous regardons ailleurs.

Vers un nouveau désordre mondial

Lorsque tout devient négociable — le droit, la mémoire, la justice — l’impunité s’impose comme compétence stratégique. Frapper sans être jugé, négocier sans rendre de comptes, gouverner sans mémoire devient possible. Nous sommes dans un moment de bascule, un cycle où tout semble permis et où chaque cycle finit par s’épuiser. Certains y verront de l’espoir or la question qui demeure, la question cruciale, concerne le prix que nous sommes prêts à payer pour ce monde que nous normalisons.

Géopolitique et fractures internationales

Rappelons encore et toujours que l’impunité et la négociabilité du droit ne sont pas de simples abstractions ; elles se manifestent sur la scène internationale, là où la loi devrait protéger et la mémoire guider. Et Gaza illustre cette fracture avec brutalité car il ne s’agit plus seulement d’un drame humain. C’est un test mondial du droit international et pour l’instant ce test échoue lamentablement. Les principes censés protéger les civils sont invoqués, contournés ou suspendus selon les intérêts. La loi n’est plus universelle mais devient sélective.

C’est dans ce ce sens que l’ascension d’Ahmad Al Sharaa à la tête de l’État syrien, après un parcours jihadiste, puis sa réception à Washington et à Moscou, marque un basculement moral. Ce n’est pas une réconciliation mais un recyclage stratégique. Aussi, les trajectoires extrêmes sont requalifiées lorsque la stabilité l’exige et les passés deviennent effaçables dès qu’ils entravent la realpolitik.

Dans ce contexte, la maison Blanche 2026 a accéléré une dynamique déjà latente dont la remise en cause du multilatéralisme, la banalisation des discours raciaux et la réhabilitation de logiques expansionnistes. Idem pour la course aux métaux rares, sous couvert de transition énergétique qui révèle les mêmes logiques, celles des zones sacrifiées, des dépendances nouvelles et des rapports de force calculés. Ce monde ne s’en remet plus à la légitimité. Il mesure chaque geste à l’aune de l’efficacité, chaque récit à celle de la stabilité apparente, au mépris de la vérité et de la justice.

Angles morts et systèmes futurs.

Ce qui se construit aujourd’hui n’est pas un scandale isolé. C’est un écosystème de scandales à venir : intelligence artificielle sans contre‑pouvoirs, financiarisation du vivant, économie de l’attention manipulant émotions et désinformation, géopolitique des métaux rares, normalisation de l’exception et contournement du droit. La fatigue morale collective achève le tableau; nous savons, mais nous n’avons plus l’énergie de nous indigner.

Non, les Epstein Files ne sont pas un scandale parmi d’autres. Ils révèlent un monde où l’impunité est devenue compétence stratégique, frapper sans être jugé et gouverner sans mémoire sont des savoir-faire politiques. Ce n’est pas un nouvel ordre mondial. C’est un nouveau désordre mondial, un système que nous observerons plus tard, conscients que nous savions et pourtant avons laissé faire.

 
Poster un commentaire

Publié par le 8 février 2026 dans Politique et Société

 

Étiquettes : , , , , , , ,

Dé intérieur,



https://latifakharrat.com/wp-content/uploads/2026/02/att.fvwvwbqetr35-jfzfbukezkoysqusfb1wblu3vkaw5k.mp4

Nous sommes cette fois devant un choix pictural bien particulier.
Brahim Achir, l’artiste peintre Algérien, nous invite à explorer son cube, une sorte de dé où chaque face déploie un visage féminin et ouvre un espace à la fois intime mais non moins complexe.

Ainsi, chaque visage révèle la présence subtile du peintre, qui s’y glisse et s’y installe en double parfait, couche de couleurs après l’autre, laissant les traits carillonner et se recomposer sous son geste.
Non, les yeux ne s’attardent pas sur le regardeur mais portent un monde intérieur si fragile, si intense.

Ensuite, vient la matière picturale, visible, parfois rugueuse, parfois lisse, toujours vivante.
La couleur, elle, éthérée et retenue ne flatte pas.
Gris, ocres, voire bleus sourds chamboulent et laissent deviner l’invisible.

Assurément, ces visages ne cherchent ni flatterie ni séduction mais intime au regardeur une attention tendue, presque douloureuse, où chaque détail devient épreuve et révélation.

Peu à peu, le cube cesse d’être un objet pour devenir un espace intérieur.
Chaque visage devient strophe et chaque angle résonne comme un écho des âmes.
Rigoureux dans la construction et lyrique dans le geste, Achir mêle technique et poésie afin de créer un espace où l’identité se fragmente, se multiplie et se redéploie sans rien perdre de sa complexité.

Dans ce temps suspendu, il n’y a ni beau classique ni glamour.
Seul le geste d’un artiste peintre déroule l’intimité du monde avant la sienne.
Le cube refuse l’agrément.
Il exige le regard, impose la pensée et ancre l’infini.

Tableaux de l’Artiste Peintre , Brahim Achir.
Dipingendo un mobile…
Olio su tela
Cm 60x60x100.

 
Poster un commentaire

Publié par le 8 février 2026 dans A pile et face

 

Étiquettes : , , , , , , , , ,

Les fichiers Epstein et la mécanique du double standard.

Il semble aujourd’hui difficile de ne pas voir dans la gestion des fichiers Epstein par l’équipe du President Américain actuel un exercice de pouvoir plus qu’un acte de vérité. L’architecture institutionnelle mise en place par la Maison-Blanche 2026 ne vise ni la transparence ni l’établissement des faits. Elle sert avant tout une stratégie politique dont l’effet principal est celui de protéger le pouvoir en place tout en exposant ses adversaires.

Force est de constater que l’actuel President Américain n’a fait l’objet d’aucune procédure judiciaire en lien avec la publication des fichiers Epstein. Le ministère de la Justice sous la houlette des Républicains, dirigé par la ministre Américaine de la Justice pro Trump, Pam Bondi , a précisé publiquement que certaines allégations visant le President étaient infondées et sensationnalistes, sans confirmation par enquête pénale ni inculpation. Le département de la justice a rappelé que « la présence du nom d’un individu dans ces fichiers ne constitue pas en soi une preuve de culpabilité et que les éléments examinés n’ont donné lieu à aucune poursuite ».

Precisons que ces clarifications officielles ne relèvent pas d’une simple mise au point juridique. Elles s’inscrivent dans une logique de verrouillage institutionnel. Le ministère de la Justice pro Trump agit comme un rempart politique avant d’être une autorité judiciaire indépendante. La distinction entre visibilité médiatique et responsabilité pénale devient ainsi un instrument de pouvoir.

Et si la publication des fichiers Epstein par la Maison-Blanche 2026 respecte formellement le cadre légal. Elle intervient, cependant, à un moment de fragilité politique et de recul de popularité pour l’actuel President Américain.

Pour les cercles conservateurs, cette diffusion est présentée comme un acte de transparence conforme aux principes MAGA. En réalité, elle fonctionne comme un dispositif de contrôle narratif.

C’est ici que le double standard devient manifeste. Tandis que l’actuel President Américain demeure protégé par ses prérogatives institutionnelles et par le contrôle effectif du ministère de la Justice pro Trump, des figures démocrates historiques se retrouvent exposées à des convocations ainsi qu’à des auditions publiques et à une médiatisation intensive.

Il est vrai que Bill et Hillary Clinton ont accepté de comparaître devant le Congrès à majorité républicaine dans le cadre de l’enquête parlementaire sur Jeffrey Epstein. Mais il ne s’agit a aucun moment d’une inculpation mais seulement d’une convocation législative.

Et si cette distinction juridique demeure essentielle, elle n’empêche pas que la procédure s’inscrive dans une stratégie politique de mise en scène, fondée sur la visibilité et la pression médiatique.

Qu’on se le dise, l’audition s’inscrit dans la continuité de narratifs diffusés depuis 2016 par des cercles MAGA et QAnon, associant Hillary Clinton à une élite immorale et débridée sans fondement judiciaire établi. L’institution devient alors un théâtre symbolique. Elle produit une image de responsabilité sans produire de justice pénale.

Le contraste est structurant. D’un côté, un President protégé par l’appareil institutionnel et par un ministère de la Justice aligné. De l’autre, des figures politiques adverses exposées à la lumière parlementaire et médiatique sans qu’aucune charge pénale ne soit engagée. Le système ne fonctionne pas comme un instrument de vérité mais comme un dispositif de pouvoir.

La dynamique actuelle, donc, révèle un usage stratégique des institutions. Dans ce cas, le ministère de la Justice, le Congrès et l’écosystème médiatique ne fonctionnent plus uniquement comme garants de l’État de droit. Ils participent, surtout, à une opération de sauvetage politique du President Américain actuel, habillée du langage de la transparence et du droit à la vérité.

Recap,

Dans ce cadre, la gestion des fichiers Epstein par l’équipe du President Américain actuel ne vise ni l’établissement des faits ni l’égalité devant la loi. Elle sert ainsi une logique de protection du pouvoir en produisant de la visibilité sans produire de justice.

Autrement dit, elle expose les adversaires tout en sanctuarisant le centre du pouvoir.

L’affaire Epstein cesse ainsi d’être un dossier judiciaire pour devenir un révélateur institutionnel. Elle montre comment la transparence peut être instrumentalisée à des fins de domination politique et révèle une asymétrie structurelle dans le traitement des acteurs publics.

Ce qui se joue n’est pas seulement la réputation de quelques figures politiques mais ce qui est en cause est la crédibilité même de l’appareil judiciaire. Dans ce déséquilibre, le pouvoir ne cherche pas la vérité. Il cherche la maîtrise du récit.

 
Poster un commentaire

Publié par le 5 février 2026 dans Politique et Société

 

Étiquettes : , , , ,

Epstein et la stratégie du silence.

D’abord, l’actuelle couverture du scandale Epstein semble répondre à une logique bien rodée. La multiplication des noms, leur dissémination à l’échelle internationale et l’élargissement constant du champ des révélations créent un brouillard informationnel soigneusement entretenu. Pour certains, cette stratégie viserait à diluer les responsabilités et à détourner l’attention du Président Américain en exercice. Cette lecture, largement relayée, s’inscrit dans une tradition ancienne de manipulation politique.

En premier lieu, l’affaire Epstein dépasse désormais toute tentative de containment. Elle se transforme en phénomène systémique, révélant non seulement des abus individuels, mais surtout la porosité entre élites économiques, réseaux d’influence et sphères de pouvoir. En conséquence, le scandale inaugure une conscience politique mondiale nouvelle, moins centrée sur les figures visibles du pouvoir que sur les structures qui les soutiennent.

De surcroît, la figure de Ghislaine Maxwell occupe une place singulière. Héritière d’un capital social et culturel exceptionnel, issue d’un univers où se croisent finance, médias et diplomatie, elle incarne cette zone grise où l’intime rencontre le stratégique. Sa proximité avec Epstein n’est pas seulement celle d’une compagne ou d’une intermédiaire, mais celle d’une actrice pleinement intégrée à des cercles de pouvoir transnationaux.

Par ailleurs, l’ombre de son père, Robert Maxwell, resurgit. Magnat de la presse britannique et acteur central de la guerre de l’information durant la Guerre froide, il a longtemps fait l’objet de soupçons persistants quant à ses relations avec les services de renseignement israéliens. Ces accusations, jamais formellement établies, ne peuvent être expliquées autrement que comme un héritage stratégique et structurant, qui inscrit le nom Maxwell dans une mythologie du secret et de l’influence. Cette lecture est légitime et cohérente pour comprendre l’affaire Epstein dans sa dimension internationale.

Ainsi, la question centrale se déplace. Il ne s’agit plus seulement de savoir si la Maison-Blanche aurait cherché à noyer le poisson, ni même si le Président Américain serait protégé ou déjà sacrifié. L’enjeu réel réside dans l’exploitation stratégique du scandale sur la scène internationale. La Russie et la Chine, observatrices attentives des fractures occidentales, pourraient tirer profit de cette crise de confiance, non par une intervention directe, mais par la mise en lumière d’une décadence réelle et soigneusement cachée des institutions et des élites des démocraties libérales.

De surcroît, le scandale agit comme un révélateur des tensions entre pouvoirs locaux et enjeux globaux. Les États-Unis, confrontés à une opinion publique de plus en plus exigeante et critique, illustrent combien la responsabilité collective ne peut être réduite à la figure d’un seul dirigeant. Dans ce cadre, la médiatisation massive de l’affaire devient un instrument de transparence, mais aussi un miroir des faiblesses institutionnelles.

Enfin, au-delà des individus et des gouvernements, cette affaire impose un questionnement sur la gouvernance mondiale et la circulation de l’information. Les sociétés avancées sont désormais confrontées à l’exigence de vigilance citoyenne et d’éthique partagée, afin que la diffusion rapide des révélations ne serve ni la manipulation ni la simplification, mais contribue à l’élévation du débat public.

En définitive, Epstein et Maxwell ne constituent pas seulement un scandale judiciaire ou médiatique. Ils dessinent les contours d’une bataille plus vaste, où information, pouvoir et responsabilité collective s’entremêlent. Ce n’est pas un homme qui vacille, mais une architecture entière du pouvoir occidental qui se trouve désormais exposée à l’épreuve de la conscience mondiale.

 
Poster un commentaire

Publié par le 4 février 2026 dans Politique et Société

 

Étiquettes : , , , , , , , ,

Les fantômes d’Epstein et le pouvoir invisiblequi refuse de disparaître

Il est légitime de se demander si le système Epstein pourrait
vraiment être démantelé ou s’il est destiné à renaître sous une
autre forme, toujours à l’abri des regards. Tant que nous
n’attaquerons pas la mécanique globale et la culture qui
l’alimente, ces structures continueront de perdurer, adaptant leur
forme tout en conservant leur fonction, exploiter, contrôler et
maintenir le pouvoir dans l’ombre.

L’affaire Epstein ne se limite pas à un scandale individuel. Elle révèle surtout la
résilience des réseaux de pouvoir informels, invisibles mais toujours actifs. Le vrai
débat n’est pas de savoir qui a remplacé Epstein mais pourquoi le système produit
régulièrement ce type d’intermédiaires. Ces figures ne sont jamais des anomalies.
Elles sont le symptôme d’un ordre social et économique qui repose sur opacité,
cooptation et concentration de pouvoir.
Précisons d’entrée qu’il s’agit d’un crime absolu et inqualifiable, commis pendant des
années contre des femmes et des filles mineures. Qu’on se le dise, ce réseau incarnait
un esclavagisme moderne, tout aussi cruel qu’inacceptable, mais ce n’est pas tout. Car
il ne s’agissait pas seulement d’un réseau de relations et d’influence mais c’était un
instrument systématique de domination et de contrôle, où la violence physique et
psychologique s’alliait à l’exploitation financière et sociale pour maintenir ses victimes
dans une soumission totale.
D’abord, il faut rappeler que ce phénomène n’est pas nouveau. Les grandes fortunes
du 19ᵉ et 20ᵉ siècle, en Europe comme aux États-Unis, ont souvent eu recours à des
intermédiaires pour accéder aux cercles politiques et influencer les décisions. On
pense à J. P. Morgan et ses lieutenants, véritables courtiers d’influence entre banques,
administrations et grandes entreprises. Plus récemment, certains philanthropes
américains comme David Rockefeller ou Bill Gates ont employé des réseaux complexes
de fondations et de think tanks pour orienter la recherche scientifique, les politiques
de santé publique et la technologie. L’objectif n’était pas seulement de faire le bien
mais d’accroître un pouvoir discret et stratégique, capable de façonner le monde sans
jamais apparaître dans les journaux.
Epstein, dans ce contexte, n’était pas un précurseur mais un amplificateur
contemporain. Il connectait milliardaires, responsables politiques et scientifiques,
jouait sur les cercles philanthropiques et technologiques et ses relations personnelles
lui donnaient un accès inédit à des sphères fermées. Ce modèle a un héritage
historique car le rôle d’intermédiaires privilégiés, capables de naviguer entre capital
financier, politique et scientifique, existe depuis que les élites ont compris qu’un
réseau informel vaut plus que toute institution codifiée.
Derrière chaque fondation, chaque conseil d’administration ou cercle privé se cache
une mécanique bien huilée avec opacité des réseaux élitaires, faible régulation des
financements privés, concentration extrême de richesse et culture d’entre-soi. Ces
structures survivent à leurs figures et façonnent le monde des puissants, loin des
enquêtes et des scandales. Les exemples abondent. Au Royaume-Uni, les cercles
philanthropiques et les clubs privés de la City à Oxford ont longtemps permis à
certaines fortunes de coordonner influence politique et économique à l’abri des
regards. Aux États-Unis, la Silicon Valley a vu naître des cercles similaires où
philanthro-capitalistes et technocrates se cooptent pour orienter des innovations
nous continuerons à observer ces fantômes du pouvoir circuler librement,
transformant chaque crise individuelle en instrument d’influence durable. Croire
qu’un scandale ou la chute d’un individu suffisent à ébranler ces réseaux relève de
l’illusion.
Il est légitime de se demander aujourd’hui si le système Epstein pourrait vraiment être
démantelé et cesser pour de bon ou s’il est destiné à renaître sous une autre forme à
l’abri des regards. Tant que nous n’attaquerons pas la mécanique globale et la culture
qui l’alimente, il est probable que ces structures perdureront, adaptant leur forme
mais conservant leur fonction, exploiter, contrôler et maintenir le pouvoir dans
l’ombre.
En définitive, l’affaire Epstein n’est pas un accident mais un miroir car elle reflète la
stabilité des mécanismes de pouvoir informel, leur capacité à survivre à toutes les
tempêtes et à réapparaître sous de nouvelles formes. Ces réseaux, historiques ou
contemporains, montrent que la véritable question n’est jamais le nom d’un individu
mais la logique d’un système. Tant que nous n’accepterons pas de scruter les
structures plutôt que les figures, ces fantômes continueront à façonner le monde,
invisibles et impunis.

 
Poster un commentaire

Publié par le 3 février 2026 dans Politique et Société

 

Étiquettes : , , , , , , ,

Trois villes, trois mythes de couleur : Tunis, Alger, Chefchaouen.

La culture méditerranéenne raconte généralement ses villes à travers leurs couleurs. Mais derrière la signature esthétique se cache toujours une histoire à démêler.
La Tunisie revendique à juste titre l’invention du duo blanc et bleu, Alger brille depuis des siècles dans son blanc éblouissant et le Maroc a transformé Chefchaouen en carte touristique du « tout-bleu ».

Sauf que derrière cette façade se cache une réalité beaucoup plus complexe.

1. Alger, la blanche originelle.

L’expression « Alger la Blanche » ne relève pas d’une légende marketing moderne. Déjà au XIXᵉ siècle, voyageurs et chroniqueurs Européens décrivaient l’amphithéâtre de maisons blanchies à la chaux qui surplombait la baie.

Les façades n’étaient ni vert clair ni marron comme certains l’ont avancé. Elles étaient recouvertes de chaux, pratique autant qu’esthétique : réflexion de la lumière, fraîcheur intérieure.

Point central : La blancheur d’Alger est un patrimoine authentique, enraciné dans l’histoire ottomane et pré-ottomane, à la fois fonctionnel et symbolique.

2. Tunisie, pionnière du bleu et blanc

À Sidi Bou Saïd, la palette blanc & bleu s’impose dans les années 1920 grâce au baron Rodolphe d’Erlanger et son palais Ennejma Ezzahra.

Le bleu n’est pas qu’une couleur : il est talismanique, psychologiquement rafraîchissant et symboliquement méditerranéen.

Origine et authenticité : Avant Erlanger, les maisons tunisiennes utilisaient déjà la chaux blanche pour leurs façades et le bleu apparaissait dans les décors intérieurs et poteries hérités de l’Andalousie et de l’Afrique du Nord. Erlanger formalise et codifie cette esthétique, mais ne la crée pas ex nihilo.

Diffusion : Dans les années 1930–1950, les habitants adoptent le style, qui devient patrimoine identitaire Tunisien, non imposé par un acteur Européen, bien que sa popularisation soit initialement Européenne.

3. Chefchaouen -Maroc-, la légende bleue et la réalité trouble

Chefchaouen au Maroc, fondée au XVe siècle par des réfugiés Andalous, n’était pas bleue. Les murs blanchis sont repeints en bleu dans les années 1930 par des réfugiés juifs pour des raisons spirituelles et talismaniques.

Le mythe touristique : Dans les années 1990, l’industrie touristique et Instagram font de Chefchaouen la « ville bleue mondiale », effaçant la nuance historique et donnant l’impression d’une tradition séculaire.

Le volet criminel : Rappelons que derrière les ruelles azurées se cache l’un des fiefs historiques de la culture du cannabis au Maroc.

Les collines environnantes, les Rif, produisent du haschich depuis des décennies.

Chefchaouen sert de plaque tournante pour l’exportation clandestine vers l’Europe, mêlant tourisme et trafic de stupéfiants.

Cette double identité — ville pittoresque le jour, plaque tournante de la mafia la nuit — façonne, indeniablement, la perception internationale.

Recap:

La couleur en Méditerranée n’est jamais innocente. Elle raconte la lumière, la religion, le climat, mais aussi le marketing, la mémoire et parfois la criminalité

Alger : blancheur historique, fonctionnelle et authentique.

Sidi Bou Saïd- Tunisie- : bleu et blanc codifié, synthèse d’influences locales et formalisée par un Européen, mais adopté par les habitants.

Chefchaouen – Maroc-: bleu tardif, mythe mondial amplifié par le tourisme, associé à la culture du cannabis et aux réseaux de trafic vers l’Europe.

Entre Alger, Tunis et Chefchaouen, les couleurs racontent autant de vérités que de légendes et révèlent que derrière les cartes postales, il y a toujours plus d’ombres que de lumière.
Photo ci-dessous: Alger la blanche.

 

Étiquettes : , , , , ,

Entre deux évidences.



Elle ne l’avait jamais remarqué. Il faut dire qu’il n’était pas son type d’homme. Peut-être même faisait-il partie de ceux qu’elle ne voit jamais. Un brin excentrique, parlant à voix haute, ce genre de voix qu’on force pour exister un peu plus dans l’espace. Elle n’aimait pas ça.

Il tendit la main en premier, sûr de lui, presque joyeux :
— Nous sommes collègues, on m’a parlé de vous… Je suis ravi de vous rencontrer.
Elle sourit poliment, retira sa main aussitôt. Aucun commentaire. Juste un sobre :
— Bonne journée.
Légèrement déconcerté, il enchaîna sur une blague avant de s’éloigner, seul avec son enthousiasme.

Ceci n’est pas un témoignage. C’est un récit bancal, sensible, celui d’une femme qui aurait misé sa vie sur le désordre d’une image floue, sur une hésitation à peine formulée, une intuition qui n’en était même pas une. Juste un vertige. Un trouble passager.

Car la certitude, selon elle, n’est qu’une lentille oblique. Elle donne l’illusion de voir net, mais elle déforme. Elle arrache au mouvement, elle cloue.
Et elle, elle voulait flotter encore un peu.
Rester dehors.
Au bord.
Entre deux évidences.
Dans ce battement fragile où chaque chose pourrait encore basculer.
Elle le recroisa un jeudi, tard dans l’après-midi.

C’était dans une librairie, celle avec les fauteuils en velours au fond, où l’on vient surtout pour respirer un peu mieux. Il était là, seul, assis dans l’un de ces fauteuils. Il lisait à voix basse. Pas fort, non, cette fois c’était presque un murmure. Un texte de Malek Haddad, si elle en croyait l’incipit. Elle s’attarda sans le vouloir, suspendue à cette voix qu’elle croyait ne pas aimer.

Elle voulut partir. Renaître dans le silence. Mais il leva les yeux et la vit.

Il sourit, cette fois sans s’imposer.
— Vous lisez Malek Haddad ?
Elle haussa les épaules :
— Par intermittence.
— C’est la seule manière, je crois.

Il ne chercha pas à remplir le vide. Il tourna les pages, comme si ce fragment d’échange suffisait.

Alors elle s’assit, à deux fauteuils de lui. Ne dit rien. N’ajouta rien.
Elle resta là, à écouter les pages tourner.

C’était ça, peut-être, le début d’autre chose. Pas un choc, pas une révélation. Une infime réouverture. Une brèche.
Elle pensa : il n’est toujours pas mon type.
Mais il existe.

Et parfois, c’est suffisant.

 
2 Commentaires

Publié par le 29 juillet 2025 dans A pile et face

 

Étiquettes : , , ,