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Archives de Tag: Julianne Holt-Lunstad

𝗠ê𝗺𝗲 𝗹𝗲𝘀 𝗺𝗲𝗶𝗹𝗹𝗲𝘂𝗿𝘀 𝗮𝗺𝗶𝘀 𝗽𝗲𝘂𝘃𝗲𝗻𝘁 ê𝘁𝗿𝗲 𝘀𝗼𝘂𝗿𝗰𝗲 𝗱𝗲 𝘁𝗲𝗻𝘀𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗲𝘁 𝗱𝗲 𝗺𝗮𝗹-ê𝘁𝗿𝗲. 𝗣𝗼𝘂𝗿𝗾𝘂𝗼𝗶 𝗹’𝗮𝗺𝗶𝘁𝗶é 𝗱𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝘁-𝗲𝗹𝗹𝗲 𝘀𝗶 𝗳𝗮𝗰𝗶𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘁𝗼𝘅𝗶𝗾𝘂𝗲 ?

C’est l’été , une terrasse, un groupe d’amis. Et pourtant, au milieu des rires, une phrase suffit à tout changer.

C’est l’été et les terrasses de café ne désemplissent pas. Dans un coin, une bande joyeuse échange autour de boissons diverses et variées, la conversation glisse d’un sujet à l’autre avec cette aisance propre aux amitiés anciennes puis l’une d’elles annonce qu’elle vient de signer le bail d’un local pour ouvrir sa propre boutique. Le silence qui suit dure à peine deux secondes avant que l’ami-e ambivalent, assis en bout de table, ne lâche sa phrase assassine, un sourire aux lèvres et le ton parfaitement égal: « C’est courageux de se lancer à ton âge, j’espère que tu as un plan B si ça ne marche pas. »

Le reste de la tablée éclate de rire poliment mais quelque chose s’est déjà brisé dans l’air, cette petite phrase deroule un malaise diffus qui persiste bien après que le café a refroidi, une fatigue qu’on n’arrive jamais tout à fait à nommer alors qu’elle vient précisément de la personne qu’on croyait la plus proche.

𝗟𝗮 𝗽𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗻𝗲 𝗱𝗶𝘁 𝗷𝗮𝗺𝗮𝗶𝘀 𝘀𝗼𝗻 𝗻𝗼𝗺

L’ami-e ambivalent ne frappe jamais de face. Il- elle choisit la pique déguisée en humour, le silence chargé de sens qui en dit plus qu’une phrase, le compliment empoisonné qu’on met des heures à décrypter.

Rien n’est jamais assez grave pour qu’on s’en offusque ouvertement et c’est précisément dans cette zone grise que se loge son habileté.

On repense à ses mots bien après la conversation puis on comprend la morsure qu’ils dissimulaient sous l’apparence de la légèreté, cette même habileté se retrouve dans la façon dont il ou elle organise sa vie autour de vous.

La personnalité ambivalente, appelons-la ainsi, construit un mur invisible autour de sa vie intime puis vous garde soigneusement de l’autre côté. Vous ne saurez presque rien de ses enfants alors qu’elle vous interroge sans relâche sur les vôtres.

Le voyage se raconte une fois les valises rangées jamais avant le départ.

L’achat de la maison s’annonce quand les clés sont déjà en poche jamais pendant les recherches.

Le régime alimentaire se dévoile une fois les kilos perdus jamais au moment des premiers efforts.

Cette asymétrie protège une image qui ne doit jamais apparaître fragile ni en cours de construction, la science a fini par confirmer ce que le corps savait déjà de ce type de lien.

𝗖𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗮 𝘀𝗰𝗶𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗲𝗻 𝗱𝗶𝘁

Julianne Holt-Lunstad, chercheuse à l’Université Brigham Young, a mesuré la tension artérielle de personnes venant d’échanger soit avec un ami-e sincère soit avec un ami-e qui suscite des sentiments mêlés:

Le résultat inverse toutes les intuitions faciles puisque la pression grimpe davantage face à l’ami-e ambivalent que face à l’ennemi déclaré – comme si le corps préférait encore l’hostilité franche à l’incertitude permanente- cette même incertitude vide littéralement l’organisme de son énergie.

Cette personne qui fonctionne comme une éponge absorbe l’énergie positive qu’on lui offre et la restitue en doute, en comparaison, en petite phrase qui rabaisse sans jamais se justifier. On ressort de chaque rencontre plus lourd qu’on n’y était entré sans toujours savoir pourquoi, une lourdeur à laquelle la science a fini par donner un nom. Un nom que la clinique psychiatrique prolonge en le donnant cette fois à la personne elle-même, un diagnostic qui la distingue du narcissisme flamboyant qu’on repère de loin.

Ce narcissisme silencieux se présente sous des dehors d’hypersensibilité voire d’empathie exceptionnelle tout en restant organisé autour de la protection d’une image qui ne tolère aucune fissure, une rigidité qui exige un cloisonnement permanent de la vie intime. Ce cloisonnement empêche qu’on assiste à ses doutes ou à ses échecs et qu’on découvre l’envers du décor, ce qui explique pourquoi ces liens durent bien plus longtemps qu’ils ne le devraient et pourquoi l’attachement à ce que la relation a été autrefois rend toute rupture si difficile alors que c’est précisément ce qui la rend vitale.

𝗥𝗶𝗿𝗲 𝗮𝘂 𝗹𝗶𝗲𝘂 𝗱𝗲 𝘀𝗲 𝗱é𝗳𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲

Cette vitalité n’empêche pas une réponse plus immédiate face aux attaques elles-mêmes. Prendre au sérieux la pique de l’ami ambivalent revient déjà à lui offrir la victoire qu’il cherchait.

Mieux vaut en rire ouvertement d’un rire qui n’a rien de crispé et qui déplace le rapport de force sans jamais élever la voix, un calme qui devient une arme plus efficace que la colère puisqu’il prive l’autre de la réaction qu’il espérait provoquer.

Répondre par l’ironie plutôt que par la justification signale qu’on a vu le procédé sans pour autant s’y engager.

Il ne s’agit jamais d’avancer sur son terrain ni d’emprunter ses armes mais de rester fermement debout en dehors de son monde sans jamais y poser un pied, cette fermeté tranquille prépare déjà le terrain d’une rupture plus radicale quand elle devient nécessaire.

𝗥𝗼𝗺𝗽𝗿𝗲, 𝘂𝗻 𝗮𝗰𝘁𝗲 𝗱𝗲 𝘀𝗮𝗹𝘂𝗯𝗿𝗶𝘁é

Rompre avec ce type de lien n’a rien d’une cruauté. C’est un acte de salubrité au même titre qu’on assainit un espace vicié pour retrouver l’air qu’on y respirait avant.

La migraine qui suit systématiquement un déjeuner avec cette personne, la boule au ventre qui précède chaque appel, la joie annoncée puis aussitôt ternie par une remarque perfide ne sont pas des coïncidences mais des signaux que le corps envoie bien avant que l’esprit ne les nomme.

Espacer les réponses, refuser une invitation sans se justifier, ne plus initier le contact suffit souvent à laisser le lien s’éteindre de lui-même, ce silence progressif reste la forme la plus digne de rupture puisqu’il ne cherche ni la revanche ni la dernière parole.

On ne doit rien à la fidélité envers ceux qui nous diminuent et la loyauté la plus élémentaire reste celle qu’on se doit à soi-même.

Autrement dit et en bon Algerien: Oulech etouesswiss, baraket etkoulif👀.

 
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Publié par le 5 juillet 2026 dans Politique et Société

 

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