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Palestine : la reconnaissance en jeu au cœur des alliances mondiales.



La diplomatie internationale se joue sur le fil d’une ligne fragile entre droit et pragmatisme. Alors que 142 pays de l’ONU appuient la reconnaissance d’un État Palestinien, les choix stratégiques des grandes puissances et des pays arabes redessinent la carte politique du Moyen-Orient.

Montevideo 1933 : les critères d’un État,

La Convention de Montevideo [1]a fixé quatre conditions : population permanente, territoire défini, gouvernement effectif et capacité de relations internationales. La Palestine satisfait ces critères : population enracinée, territoires identifiés — Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est — et autorité administrative en Cisjordanie, l’Autorité palestinienne. La question n’est donc plus juridique, mais strictement politique.

Paris et Riyad : faire pression par le droit,

Emmanuel Macron et l’Arabie saoudite ont pris l’initiative à New York. Dix pays occidentaux, dont la France, ont soutenu la conférence, soulignant que la solution à deux États ne peut rester un slogan vide.

La Belgique a posé des conditions claires : libération des otages et exclusion du Hamas de la gestion de l’Autorité palestinienne. Le Canada a dénoncé les destructions à Gaza et en Cisjordanie tout en offrant un partenariat pour un avenir pacifique. Ces décisions, prudentes mais symboliques, rapprochent les alliés traditionnels de la majorité des États membres de l’ONU.

Washington : médiation et rôle central,

En marge de l’Assemblée générale, la Maison Blanche compte reunir des dirigeants Arabes — Émirats, Arabie saoudite, Qatar, Égypte, Jordanie, Turquie — pour examiner les moyens de mettre fin à la guerre à Gaza. Ces rencontres précèdent la visite du Premier ministre Israélien à Washington, signalant que les États-Unis restent un interlocuteur clé dans la région tout en maintenant leur soutien à Israël.

Le Qatar, loin d’être paralysé par les frappes Israéliennes sur son territoire, continue ses consultations avec Washington pour infléchir les positions de Tel-Aviv, illustrant la diplomatie régionale multipolaire : chaque acteur jongle entre mécanismes multilatéraux et bilatéraux pour peser sur la situation.

Annexions et levier nucléaire,

La menace Israélienne d’annexer des pans de la Cisjordanie intensifie la pression sur les diplomates internationaux. La conférence Paris-Riyad utilise la reconnaissance comme levier de négociation, tandis que les États-Unis misent sur un alignement stratégique avec Tel-Aviv.

Un facteur stratégique vient s’ajouter : l’accord de coopération nucléaire signé entre l’Arabie saoudite et le Pakistan. Riyad dispose désormais d’un levier indépendant capable d’influencer ses choix diplomatiques et sa position sur la reconnaissance palestinienne.

Netanyahou : le refus d’un compromis,

Benjamin Netanyahou a averti que reconnaître un État Palestinien reviendrait à « récompenser le terrorisme. »

Cette position cristallise l’opposition à toute concession territoriale et influence les calculs diplomatiques des États arabes et des puissances internationales.

Légitimité ou pragmatisme ?

Le contraste est net : la France, la Belgique, le Canada et une majorité de l’ONU misent sur le droit international et la reconnaissance pour créer des conditions tangibles à la solution à deux États.

Les États-Unis combinent soutien à Israël et médiation régionale, privilégiant des résultats pragmatiques à court terme, sans modifier le statu quo.

Entre ces visions, les pays arabes — du Qatar à l’Arabie saoudite, en passant par l’Égypte et les Émirats — doivent choisir : suivre la légitimité internationale ou s’inscrire dans un statu quo tempéré par Washington. Ce choix, plus que les discours officiels, déterminera si la reconnaissance palestinienne reste un horizon symbolique ou devient une réalité capable de transformer durablement la diplomatie au Moyen-Orient.

NDLR:

[1]

La Convention de Montevideo sur les droits et les devoirs des États est un traité signé à Montevideo (Uruguay) le 26 décembre 1933 au cours de la septième Conférence pan-américaine. Le président américain Franklin Delano Roosevelt et son secrétaire d’État Cordell Hull annoncèrent la mise en route de la politique de bon voisinage, qui mettait théoriquement un terme à la doctrine du Big Stick. L’accord est signé avec quelques réserves de la part des États-Unis, du Brésil et du Pérou.

Cette convention est citée en droit international en particulier pour sa définition d’un État souverain comme respectant les quatre critères suivants : « être peuplé en permanence, contrôler un territoire défini, être doté d’un gouvernement, et être apte à entrer en relation avec les autres États ». Cet article est considéré comme du droit international coutumier, c’est-à-dire qu’il s’applique à tous les États, même ceux qui ne sont pas parties à la Convention de Montevideo, car leur pratique est similaire au contenu de l’article.

 
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Publié par le 21 septembre 2025 dans Politique et Société

 

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Un État proclamé, un peuple oublié,

La scène diplomatique de cette semaine illustre une contradiction profonde dans la manière dont les puissances occidentales envisagent la cause Palestinienne. Emmanuel Macron a confirmé son intention d’annoncer la reconnaissance d’un État Palestinien lors de la conférence organisée par la France et l’Arabie saoudite à New York, appuyée par 142 des 193 membres des Nations unies. Mais l’argument qu’il avance est révélateur : il s’agirait, selon lui, d’un moyen d’isoler le Hamas. La reconnaissance est ainsi présentée comme un outil tactique plutôt qu’un acte de justice.

Cette logique déplace le cœur du problème. Elle suggère que la légitimité Palestinienne ne repose pas sur des décennies d’occupation, de dépossession et, aujourd’hui, sur l’évidence d’un désastre humanitaire à Gaza, mais qu’elle doit être validée dans la mesure où elle sert à marginaliser une organisation armée. En réduisant la reconnaissance à une arme contre un adversaire politique, on occulte la réalité : ce n’est pas le Hamas qui rend urgente l’affirmation d’un État Palestinien, c’est la destruction systématique d’un peuple privé de souveraineté.

Dans ce contexte, les États-Unis apparaissent plus isolés que jamais. Washington a choisi de ne pas participer à la conférence et figure parmi les dix seuls pays à avoir voté contre la résolution de l’Assemblée générale soutenant cette initiative. Ce refus traduit une constante : l’alignement absolu de la Maison Blanche sur la politique de Benjamin Netanyahou, au mépris d’un consensus international qui s’élargit de jour en jour.

Le contraste sera d’autant plus marqué que plusieurs alliés traditionnels des États-Unis — le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Belgique — ont rejoint la France dans cette reconnaissance. Une dynamique se dessine, qui ne mettra peut-être pas fin à la guerre ni aux souffrances de Gaza, mais qui souligne la fracture grandissante entre l’Amérique et ses partenaires.

La question reste entière : que vaut une reconnaissance si elle n’est pas motivée par l’impératif d’arrêter le bain de sang ? Les Palestiniens ne réclament pas un statut symbolique destiné à contourner le Hamas, mais la possibilité d’exister comme peuple et comme État, à l’abri d’un conflit interminable et d’une violence sans frein.

En insistant sur la marginalisation du Hamas comme justification principale, les capitales occidentales évitent de nommer l’essentiel : le drame de Gaza est d’abord le produit d’une guerre menée sans limites par le gouvernement de droite Israélien, avec l’aval de l’actuelle administration Americaine. Et si cette déclaration de reconnaissance n’est pas accompagnée de décisions concrètes — sanctions économiques, pressions politiques et conditionnalité claire imposées à Benjamin Netanyahou — elle restera lettre morte.

Sans cette volonté d’agir, la reconnaissance risque de n’être qu’un exercice de style diplomatique, caduc dès sa proclamation.

 
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Publié par le 21 septembre 2025 dans Politique et Société

 

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Trois villes, trois mythes de couleur : Tunis, Alger, Chefchaouen.

La culture méditerranéenne raconte généralement ses villes à travers leurs couleurs. Mais derrière la signature esthétique se cache toujours une histoire à démêler.
La Tunisie revendique à juste titre l’invention du duo blanc et bleu, Alger brille depuis des siècles dans son blanc éblouissant et le Maroc a transformé Chefchaouen en carte touristique du « tout-bleu ».

Sauf que derrière cette façade se cache une réalité beaucoup plus complexe.

1. Alger, la blanche originelle.

L’expression « Alger la Blanche » ne relève pas d’une légende marketing moderne. Déjà au XIXᵉ siècle, voyageurs et chroniqueurs Européens décrivaient l’amphithéâtre de maisons blanchies à la chaux qui surplombait la baie.

Les façades n’étaient ni vert clair ni marron comme certains l’ont avancé. Elles étaient recouvertes de chaux, pratique autant qu’esthétique : réflexion de la lumière, fraîcheur intérieure.

Point central : La blancheur d’Alger est un patrimoine authentique, enraciné dans l’histoire ottomane et pré-ottomane, à la fois fonctionnel et symbolique.

2. Tunisie, pionnière du bleu et blanc

À Sidi Bou Saïd, la palette blanc & bleu s’impose dans les années 1920 grâce au baron Rodolphe d’Erlanger et son palais Ennejma Ezzahra.

Le bleu n’est pas qu’une couleur : il est talismanique, psychologiquement rafraîchissant et symboliquement méditerranéen.

Origine et authenticité : Avant Erlanger, les maisons tunisiennes utilisaient déjà la chaux blanche pour leurs façades et le bleu apparaissait dans les décors intérieurs et poteries hérités de l’Andalousie et de l’Afrique du Nord. Erlanger formalise et codifie cette esthétique, mais ne la crée pas ex nihilo.

Diffusion : Dans les années 1930–1950, les habitants adoptent le style, qui devient patrimoine identitaire Tunisien, non imposé par un acteur Européen, bien que sa popularisation soit initialement Européenne.

3. Chefchaouen -Maroc-, la légende bleue et la réalité trouble

Chefchaouen au Maroc, fondée au XVe siècle par des réfugiés Andalous, n’était pas bleue. Les murs blanchis sont repeints en bleu dans les années 1930 par des réfugiés juifs pour des raisons spirituelles et talismaniques.

Le mythe touristique : Dans les années 1990, l’industrie touristique et Instagram font de Chefchaouen la « ville bleue mondiale », effaçant la nuance historique et donnant l’impression d’une tradition séculaire.

Le volet criminel : Rappelons que derrière les ruelles azurées se cache l’un des fiefs historiques de la culture du cannabis au Maroc.

Les collines environnantes, les Rif, produisent du haschich depuis des décennies.

Chefchaouen sert de plaque tournante pour l’exportation clandestine vers l’Europe, mêlant tourisme et trafic de stupéfiants.

Cette double identité — ville pittoresque le jour, plaque tournante de la mafia la nuit — façonne, indeniablement, la perception internationale.

Recap:

La couleur en Méditerranée n’est jamais innocente. Elle raconte la lumière, la religion, le climat, mais aussi le marketing, la mémoire et parfois la criminalité

Alger : blancheur historique, fonctionnelle et authentique.

Sidi Bou Saïd- Tunisie- : bleu et blanc codifié, synthèse d’influences locales et formalisée par un Européen, mais adopté par les habitants.

Chefchaouen – Maroc-: bleu tardif, mythe mondial amplifié par le tourisme, associé à la culture du cannabis et aux réseaux de trafic vers l’Europe.

Entre Alger, Tunis et Chefchaouen, les couleurs racontent autant de vérités que de légendes et révèlent que derrière les cartes postales, il y a toujours plus d’ombres que de lumière.
Photo ci-dessous: Alger la blanche.

 

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Le bleu de l’imposture,

Le Jardin Majorelle serait-il Français ? Entre l’enfance d’Yves Saint Laurent à Oran et la Casa Azul de Frida Kahlo à Mexico, la vérité éclate : le Maroc ne mérite aucun crédit, simple décor d’une imposture culturelle soigneusement montée.

Quand le bleu s’empare de la scène mondiale,

MARRAKECH — Chaque jour, des visiteurs affluent vers le Jardin Majorelle, fascinés par ses murs bleu cobalt, ses palmiers et ses touches de jaune éclatant. Dans le récit Français, ce lieu est présenté comme une création unique : l’invention visionnaire de Jacques Majorelle, ensuite sanctuarisée par Yves Saint Laurent. Mais cette histoire occulte une réalité troublante, qui se joue à des milliers de kilomètres de là, à Mexico.

La Casa Azul de Frida Kahlo, avec ses murs d’un bleu profond, ses accents rouges, jaunes et verts et son jardin luxuriant, existait déjà. Les deux espaces émergent dans les années 1920 et 1930, animés par le même désir : fusionner art, identité et environnement. Pourtant, dans le discours Français, le parallèle reste presque toujours invisible.

Esthétiques parallèles, récits divergents,

À Coyoacán, Kahlo et Diego Rivera transforment une maison familiale en manifeste national. Chaque couleur, chaque plante, chaque objet précolombien affirme la Mexicanité. À Marrakech, le bleu de Majorelle et son jardin exotique sont présentés comme une invention isolée. Le langage visuel se ressemble — primaires saturées sur fond de vert — mais les récits diffèrent radicalement.

Ce silence est révélateur. Reconnaître Kahlo ou les mouvements transnationaux qui ont inspiré ces couleurs fragiliserait le mythe de l’exception française : celui d’un miracle isolé, d’une création née de rien.

Yves Saint Laurent et la palette Algérienne,

Le mythe s’étend à Yves Saint Laurent. On raconte qu’il trouva sa palette à Marrakech. En réalité, son regard s’était formé bien avant, à Oran, en Algérie, où il grandit entouré de façades blanches, de murs ocre, de volets bleu profond et de jardins verts. Marrakech a peut-être ravivé ces souvenirs, mais elle ne les a pas inventés.

Le prix du silence,

Cette omission n’est pas anodine. Elle transforme des traditions artistiques partagées en trophées nationaux, relègue l’Algérie au rang de note de bas de page, et efface le Mexique tout entier. Marrakech, labellisée « ville rouge », n’a jamais produit ce bleu Majorelle : il s’agit d’une couleur importée, étrangère au paysage et à la tradition locale. Ce contraste artificiel renforce l’idée que le Maroc n’a aucun mérite et ne fait que servir de décor à une imposture culturelle Française.

Le résultat n’est pas une histoire globale d’expériences artistiques convergentes sous des soleils similaires, mais une légende soigneusement façonnée d’ingéniosité Française en terre étrangère.

En réalité, la Casa Azul, le Jardin Majorelle et l’enfance Oranaise de Saint Laurent appartiennent à la même histoire mondiale : des artistes confrontés à une lumière écrasante, répliquant par des couleurs franches et inscrivant leur identité dans murs et jardins. La différence réside dans la narration : l’une est célébrée internationalement, l’autre nationalisée et domestiquée.
Photo1:
« La Casa Azul, où Frida a vécu une grande partie de sa vie, mêle art, histoire et émotions. C’est ici que l’on peut comprendre la profondeur de son œuvre, intimement liée à sa vie personnelle, ses souffrances et ses passions. »
Photo2:
« La Casa Azul tient son nom de ses murs vivement peints en bleu cobalt, choix de Frida Kahlo et Diego Rivera pour symboliser leur amour pour la culture mexicaine et l’art populaire. »
Photo3:
Le jardin Majorelle autour de la villa Oasis. Cette dernière servait d’atelier à Yves Saint Laurent, qui avait élu domicile à Marrakech dès 1919.

 

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Camus–Daoud : comment l’édition Parisienne fabrique ses héritiers « utiles ».

Il fallait un « fils ». Pas un disciple et surtout pas un lecteur — un héritier utilisable. L’édition parisienne l’a trouvé : Kamel Daoud, propulsé « enfant légitime » d’Albert Camus.

Le récit est simple, donc bankable : un écrivain Algérien reprend « L’Étranger », donne une voix à « l’Arabe », et l’on déclare aussitôt la filiation.

Tout est prêt pour la mise en rayon : titres accrocheurs, quatrièmes exaltées, plateaux TV, prix, podcasts, tribunes. Peu importe que la parenté littéraire soit introuvable, elle est symbolique, médiatique, marchande — et surtout idéologique-politique.

C’est une architecture de discours, pas une évidence d’écriture.

Mode d’emploi d’un héritier (Parisien),

1-Ancrage : rattacher Daoud à Camus par « Meursault, contre-enquête ».

2-Répétition : saturer la presse de la formule « l’enfant légitime » jusqu’à ce qu’elle ait l’air vraie.

3-Captation mémorielle : faire de la littérature Algérienne un prolongement de Camus — donc lisible, domestiqué, patrimonialisé.

4-Valorisation commerciale : prix, festivals, grands entretiens, on vend une histoire autant qu’un livre.

5-Neutralisation du dissensus : toute objection (style dissemblable, biographies opposées, recyclages) est requalifiée en « débat stimulant ».

Le récit tient, donc il vend.

Camus : le réalisme contre l’injonction au meeting,

Rappel salutaire : Camus n’a pas écrit des tracts. Il a décrit l’Algérie coloniale telle qu’elle était.

L’« Arabe » sans nom dans L’Étranger ? Scandaleux aujourd’hui, réaliste a l’epoque : l’indigène était juridiquement et symboliquement anonymisé.

Autrement dit, Camus n’est pas Sartre et n’a jamais prétendu l’être. Il écrit sec, net, presque minéral. Une seule phrase suffit : « Aujourd’hui, maman est morte. » Aucun pathos, aucune posture, la brutalité nue du réel.

On peut débattre du silence politique mais jamais lui reprocher de n’avoir pas joué un rôle qu’il refusait.

Non, Camus n’est pas un tribun : il est un écrivain du réel.

Daoud : l’effet miroir, la commande, la contradiction,

Daoud est venu par le commentaire. « Meursault, contre-enquête » fut un geste : renverser la focale. Soit. Mais l’avant comme l’après se répètent. « Ô Pharaon », « Houris » : des livres qui donnent le sentiment de répondre à des attentes externes — d’où l’impression récurrente de romans de commande, pensés pour un moment, un acheteur, une polémique.

On rejoue l’Algérie des années 80, avec des témoignages qui varient d’une interview à l’autre, le terrain se fait glissant, l’autorité comme la légitimité vacillent.

Et le style ? Rien à voir avec Camus : baroque, oratoire, gonflé de métaphores et de provocations.

Camus taille la phrase, Daoud l’enfle.

Camus observe, Daoud se met en scène.

Deux régimes d’écriture, deux économies morales, zéro continuité esthétique.

Biographies : des vies qui ne se parlent pas.

Camus : pauvreté à Belcourt, mère analphabète, promiscuité sociale, la mer comme horizon, la lumière comme matière.

Daoud : né après a Mesra apres l’indépendance, loin de la mer, écoles Algériennes, famille de condition moyenne mais certainement pas pauvre.

Aucune nécessité partagée, aucune mémoire commune. On peut coudre toutes les étiquettes qu’on veut, la géologie intime n’est pas la même.

Camus, enfant de la mer ; Daoud, enfant de l’intérieur. La filiation biographique ne tient pas deux minutes.

« Langue intérieure » : un emprunt maquillé en signature

Lorsqu’on brandit la « langue intérieure » comme la trouvaille d’un seul, on efface une histoire critique : Assia Djebar et Kateb Yacine en ont longuement fait l’outil même de lecture de la littérature Algérienne Francophone. Ce champ est préexistant ; l’invoquer aujourd’hui n’en fait pas une invention.

Rien de spécifique, rien de neuf sinon un héritage repris, rebaptisé et vendu comme label personnel. Nous ne sommes pas a une usurpation près .

Le système Parisien : mécanique d’appropriation mémorielle,

Voici où tout se joue — pas dans les textes mais dans l’appareil.

– Marketing de filiation : on fabrique une lignée parce qu’une lignée rassure et se vend. « Héritier de Camus » est plus efficace qu’« écrivain Algérien singulier ».

– Prix & circuits : salons, jurys, dîners, plateaux — cocon d’entre-soi qui valide le récit et l’institue en vérité publique.

– Éditorialisation des polémiques : un livre, un scandale calibré (Houris en a fourni l’occasion), des tribunes dans la foulée : la polémique devient campagne de lancement.

-Quatrièmes & blurbs : on cite Camus partout, on convoque « la Méditerranée », « la lumière », « l’absurde » — éléments de langage recyclés qui créent l’illusion d’une continuité.

Caution Algérienne : Paris adore exhiber un « héritier » pour se penser généreux avec l’Algérie, tout en gardant la centralité Camusienne comme prisme d’accès.

Canon verrouillé : tant que Camus reste la porte d’entrée obligée, le présent Algérien se lit en arrière, et les œuvres qui ne rentrent pas dans le cadre disparaissent des radars.

Pourquoi cette filiation est politique?

Parce qu’elle pacifie le rapport colonial en le patrimonialisant : si Daoud prolonge Camus, l’histoire devient « transmission », l’altérité est adoucie en héritage littéraire commun. Parce qu’elle neutralise la diversité Algérienne : une voix « compatible » suffit, le reste devient décor.

Parce qu’elle externalise le contrôle du récit : c’est Paris qui désigne l’héritier, Paris qui homologue la filiation, Paris qui encaisse la rente symbolique et commerciale.

Retour aux œuvres : ce qui ne colle pas (et ne collera pas)

Projet : Camus écrit le réel sans tribune ; on lui demande d’être Sartre. Non.

Style : limpidité, retenue, minéralité chez Camus ; emphase, oratoire, baroque chez Daoud.

Biographie : pauvreté + mer (Camus) vs post-indépendance + Mesra (Daoud).

Geste littéraire : Camus pose ; Daoud réagit.

Concepts : la « langue intérieure » n’est pas la sienne : Djebar et Kateb l’ont travaillée avant lui.

Trajectoire éditoriale : la répétition de schémas (romans qui semblent répondre à des commandes, polémiques opportunes) sert l’appareil plus que l’exigence littéraire.

Tout cela ne dessine pas une lignée : cela cartographie une construction.

Au final, qui pénalise t-on dans l’opération ?

1-Le lecteur, d’abord, qu’on infantilise à coups de mythologies prêtes-à-vendre.

2-Les autres écrivains Algériens, dans un deuxieme temps, qu’on invisibilise parce qu’ils ne cochent pas la case « héritier de ». 3-3-L’histoire littéraire, enfin, qu’on réécrit pour l’ajuster aux besoins d’une capitale qui se rêve métropole de la mémoire autant que du livre.

Recap:

Camus n’a pas de « fils », Il a des lecteurs — et des œuvres. On peut aimer Camus sans lui fabriquer des héritiers.

On peut lire Daoud sans lui inventer une ascendance. Or tant que l’édition Parisienne organisera la littérature Algérienne autour de Camus comme matrice et d’un « héritier » homologué, on confondra critique-marketing, mémoire -marchandise et politique-littérature.

Que reste t-il a faire?

Refusons l’angle facile et relisons Camus pour ce qu’il fait : un réalisme sec qui refuse la tribune.

Relisons Daoud pour ce qu’il produit : des textes oratoires, répétitifs, polémiques, qui semblent souvent calibrés pour l’époque et ses plateaux.

Mais surtout cessons de confondre une fiction de filiation avec une vérité d’écriture. Le reste, tout le reste appartient aux attachés de presse.


 
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Publié par le 24 août 2025 dans Litterrature

 

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La guerre du pire,

Il faut le dire clairement : Gaza n’est pas simplement un champ de bataille. C’est devenu un laboratoire du cynisme politique, un théâtre où deux leaderships aussi dévoyés que brutaux se renvoient la responsabilité de l’enfer qu’ils entretiennent.

D’un côté, Benjamin Netanyahou, stratège de sa propre survie, capable de frapper à 2 000 km des cibles Iraniennes mais incapable — ou plutôt non désireux — de livrer sans tuer des sacs de farine à 65 km de Tel-Aviv. Son gouvernement, le plus extrémiste de l’histoire Israélienne, a donné les clés de la politique nationale à des idéologues qui parlent de famine comme d’un outil légitime de guerre. Et quand Washington tousse, Bibi ajuste la ration pour éviter la chute — mais pas pour sauver des vies.

En face, le Hamas, qui a déclenché cette guerre le 7 octobre 2023 sans la moindre idée de ce que serait “le jour d’après”, . Depuis, il se cramponne au pouvoir, maintenant ses otages comme monnaie d’échange, sachant parfaitement que chaque jour de guerre renforce son emprise politique.

C’est la guerre du pire. Pas de héros, pas de camp juste. Juste deux appareils politiques qui prospèrent sur la douleur de leurs populations et la paralysie internationale. Les Israéliens modérés ? Marginalisés. L’Autorité palestinienne ? Invisible. Les États-Unis ? Englués, incapables de forcer la fin d’une guerre qu’ils financent encore indirectement.

Ce conflit n’a pas de fin annoncée parce qu’il sert trop bien ceux qui le mènent. Chacun rêve d’éradiquer l’autre, mais surtout de rester en place le lendemain matin. Et si, comme tout porte à le croire, Bibi et le Hamas survivent politiquement à cette guerre, il faudra dire adieu à toute idée de solution à deux États. Ce sera la normalisation d’une guerre permanente.

Une démocratie née en partie de l’Holocauste en train d’affamer des enfants Palestiniens. Un mouvement de résistance qui se nourrit littéralement du sang et de la faim de son peuple. Voilà où nous en sommes.

Le plus effrayant ? C’est que cette guerre n’est pas l’échec d’un système. C’est son fonctionnement normal.

 
 

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Entre deux évidences.



Elle ne l’avait jamais remarqué. Il faut dire qu’il n’était pas son type d’homme. Peut-être même faisait-il partie de ceux qu’elle ne voit jamais. Un brin excentrique, parlant à voix haute, ce genre de voix qu’on force pour exister un peu plus dans l’espace. Elle n’aimait pas ça.

Il tendit la main en premier, sûr de lui, presque joyeux :
— Nous sommes collègues, on m’a parlé de vous… Je suis ravi de vous rencontrer.
Elle sourit poliment, retira sa main aussitôt. Aucun commentaire. Juste un sobre :
— Bonne journée.
Légèrement déconcerté, il enchaîna sur une blague avant de s’éloigner, seul avec son enthousiasme.

Ceci n’est pas un témoignage. C’est un récit bancal, sensible, celui d’une femme qui aurait misé sa vie sur le désordre d’une image floue, sur une hésitation à peine formulée, une intuition qui n’en était même pas une. Juste un vertige. Un trouble passager.

Car la certitude, selon elle, n’est qu’une lentille oblique. Elle donne l’illusion de voir net, mais elle déforme. Elle arrache au mouvement, elle cloue.
Et elle, elle voulait flotter encore un peu.
Rester dehors.
Au bord.
Entre deux évidences.
Dans ce battement fragile où chaque chose pourrait encore basculer.
Elle le recroisa un jeudi, tard dans l’après-midi.

C’était dans une librairie, celle avec les fauteuils en velours au fond, où l’on vient surtout pour respirer un peu mieux. Il était là, seul, assis dans l’un de ces fauteuils. Il lisait à voix basse. Pas fort, non, cette fois c’était presque un murmure. Un texte de Malek Haddad, si elle en croyait l’incipit. Elle s’attarda sans le vouloir, suspendue à cette voix qu’elle croyait ne pas aimer.

Elle voulut partir. Renaître dans le silence. Mais il leva les yeux et la vit.

Il sourit, cette fois sans s’imposer.
— Vous lisez Malek Haddad ?
Elle haussa les épaules :
— Par intermittence.
— C’est la seule manière, je crois.

Il ne chercha pas à remplir le vide. Il tourna les pages, comme si ce fragment d’échange suffisait.

Alors elle s’assit, à deux fauteuils de lui. Ne dit rien. N’ajouta rien.
Elle resta là, à écouter les pages tourner.

C’était ça, peut-être, le début d’autre chose. Pas un choc, pas une révélation. Une infime réouverture. Une brèche.
Elle pensa : il n’est toujours pas mon type.
Mais il existe.

Et parfois, c’est suffisant.

 
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Publié par le 29 juillet 2025 dans A pile et face

 

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Il disait,

Il disait :
« De tous les chemins de notre jeunesse, celui qui ne s’oublie pas est le petit chemin de la plage, celui qui, de nuit, nous menait à notre rendez-vous amoureux de l’été. »

Moi, je me suis tue.
Le chemin était là.
L’amour, lui, ne s’est jamais présenté.

Je me souviens du sable froid sous mes pieds, des étoiles timides et de ce vide au bout du sentier.
Seulement, la mémoire n’est pas la vraie vie.
C’est une transcription floue, un reflet tremblant.
Elle n’explique pas. Elle égare.

Les souvenirs ne tiennent pas la distance.
Ils flottent. Ils dérivent.
Et parfois, ils s’effacent tout simplement.

Aujourd’hui, les lacunes sont plus nettes, plus obstinées.
Peut-être parce qu’elle a passé tout l’après-midi à regarder ses émissions préférées en replay.
Philosophie, djihadisme, un débat sur la maison Gallimard,
et puis ce film d’un jeune réalisateur britannique dont le nom lui échappe,
et lui échappera encore, pendant plusieurs heures.

Elle sent déjà cette gêne familière au creux du front, cette oppression diffuse, comme un fil qui lâche.

Agacée, elle se lève.
Ouvre la porte du frigo avec l’élan précis de l’habitude.
Espère y trouver de l’eau fraîche.

Et…

Le frigo est vide.
Impeccablement, rageusement vide.

C’était donc ça.
Elle avait, magistralement, oublié de faire les courses de la semaine.

Un soupir. Une exaspération douce.
Elle allait s’en vouloir, vraiment,
puis elle entend :

— Ça va, maman ? Tu sembles soucieuse ?

La voix est douce.
Elle répare.

Elle se retourne, un peu confuse, un sourire au bord des lèvres.
Elle glisse doucement à l’oreille de sa fille :

— C’est la journée des courses… Tu m’y accompagnes, dis ?

Et tout s’allège un peu.
Pas de drame. Juste une faille douce dans le tissu du quotidien.
Un oubli, une main tendue, un frigo vide, un amour toujours en attente.

Mais ce soir, au moins, elles marcheront côte à côte.
Vers le marché.
Vers la suite.

Sa voix pensait à sa place.
C’était mieux avant — le goût pour la poésie, pour le panache, réinventait les lieux avec les notes en toile de fond.
C’était mieux avant, quand elle n’avait pas besoin de dire : je me souviens.

Auparavant.
Un mot assez curieux.
Qu’on pourrait confondre avec un sac à main féminin — un sac où se mêleraient les choses précieuses et les futilités.

Et pour une seconde, elle fut tentée d’aller voir dans tous les recoins ce qui s’y passe.
De vider les fonds de poche.
D’y trouver un ticket de bus ancien, une mèche de cheveux oubliée, une date inscrite sans sens.
Peut-être, qui sait, une invitation.
Une brèche dans le présent.

Glisser dans une certaine communauté
où l’incertitude débouche toujours sur quelque chose.
Un geste.
Un visage.
Un contretemps fécond.

Et justement, le contretemps s’installe.

La file de voitures serpente, lente, étirée sur au moins deux kilomètres.
Les écrans géants annoncent un ralentissement de 30 minutes, des numéros d’urgence à appeler,
la menace d’une amende de 250 dollars si la ceinture est lâche —
mais rien, jamais rien, sur les existences désordonnées qu’on tente de maintenir debout.

En citadins bien dressés, on patiente.
On serre les dents.
On scrolle sans conviction.
On répond à des mails qu’on ne lira plus.

Les sirènes crissent.
Un désastre ailleurs, une tension ici.

Et puis, dans le rétroviseur, un mouvement.
Les voitures basculent, reculent, cherchent la sortie.

Une faille.
Je la saisis.
Je la suis.

Et là — surprise.

Des jardins.
Impeccables. Presque irréels.
Des pelouses épaisses comme des promesses.
Des haies disciplinées.
Un air de campagne dans les plis discrets de Washington DC Ouest.

La ville s’efface un instant devant le jardin.

J’abandonne la route. Je stationne. J’avance à pied.
Le cœur allégé.
Cette déviation devient, contre toute attente,
l’incartade la plus brillante du mois.

https://videopress.com/v/7sCrmEec

 
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Publié par le 29 juillet 2025 dans A pile et face

 

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