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Archives de Tag: Algerie

Prés de son cœur…

Prélude:
« Ses mains, depuis l’age de 13 ans ,elle les tenait prés de son cœur et déroulait ainsi ses journées en harmonie avec ces battements…tic,tac..tic,tac. 
C’était son hymne ,sa musique intérieure …ses mains effleuraient ses seins en un geste rassurant pour sa féminité otage de la loi du « MAL »…Ses mains gardaient ainsi jalousement la magie sous ce voile soyeux.. ».
Je  vous confie ce récit poignant d’un vain combat… L’instant  ou tout a basculé dans la vie d’une femme qui titubait de ne pouvoir retrouver  le chemin de son cœur …
En la forçant a mettre le hidjeb  notre héroïne, dans l’Algérie des années 90, ne s’est jamais sentie  aussi dénudée.Au milieu des gravas, la voix frêle d’une petite fille raconte
 La pudeur, la peur ,le drame et un trop plein d’amour a l’étroit  sous  le ciel bas de l’Algérie Kaboulisee. 
Joyeux anniversaire maman
 Par Dina Mechri.

Alger 1993….
Je commencerai par cette histoire de haïk qui restera gravée dans ma mémoire :
Le fils : Maman tu devrais enlever ce haïk !
La mère: Ok, je vais porter le jean de ton père !
Le fils : Arrête de plaisanter, ton haïk provoque dans la rue !
La mère : c’est la seule tenue que je porte depuis l’âge de 13 ans !
Le fils : Je sais, mais maintenant tu es obligée de porter le hidjab !
La mère : commence par ta femme !
Le fils : Pour le moment c’est toi, après c’est elle !
… ça n’a pas tardé, quelques jours plus tard, il lui acheta un hidjab, beige, dans un beau tissu, peut-être de la soie… Ma mère, très coquette, passa le hidjab et, dans ce long couloir avec un grand miroir au fond, elle marchait en se regardant dans la glace.
Le plus frappant, c’était ses deux mains qui tenaient le hidjab, au milieu, entre ses seins ! Le geste qu’elle avait adopté pendant 30 ans en portant le haïk… elle n’arrivait pas à balancer les bras, c’était impossible ! Nous avons passé des jours à lui montrer comment marcher en balançant les bras, mais impossible de retenir la leçon ! Il lui faudrait des mois, peut-être des années, pour oublier ce geste et marcher « correctement ».
Toute la semaine ma mère ne se posait qu’une seule question :
« Si je porte le hidjab qu’est-ce que je vais faire de mes mains ? ».
Ses mains qui pendant trois décennies avaient eu un rôle, une fonction… Tout le port du haïk reposait sur elles, et le hidjab les avaient libérées, mais ma mère n’en voulait pas, pour une fois qu’une liberté était donnée à quelque chose, elle la rejetait !
Il fallait aussi qu’elle enlève la voilette brodée qu’elle mettait sur le visage pour se couvrir (laadjar) et les menaces fusaient :
– Si vous m’enlevez le laadjar, je vais crier, je vais sortir comme ça sans rien ! 
– Mais vas-y maman, sors comme ça on ne demande pas mieux !
Ce n’était pas un problème de voile, c’était un problème de symbole ! On pense souvent que ces femmes portaient le haïk pour se cacher mais pour ma mère c’était toute sa féminité qui disparaissait avec lui !
On porte la robe blanche une fois dans sa vie pour son mariage, ma mère l’a portée pendant trente ans, elle n’a jamais ôté sa robe de mariée… elle avait 13 ans quand elle a quitté la maison parentale, au bras de son père et portant le haïk pour la première fois. Il était le premier symbole de la féminité, le premier signe par lequel une adolescente devenait femme, par le simple port d’un morceau de tissu.
Le grand jour arriva, celui de sortir à visage découvert ; c’est le paradoxe du hidjab, censé être un vêtement couvrant selon la charia mais qui, pour ma mère, était une tenue qui dévoilait la femme.
Le premier obstacle, de taille, était Larbi !
Larbi… un simple prénom pour les uns, un obstacle pour ma mère ; elle ne voulait pas quitter la maison à visage découvert car Larbi était là ! Le tailleur du quartier, qui avait sa boutique au bas de l’immeuble et faisait davantage le métier de concierge que son vrai métier de tailleur ! Il était au courant de tout ce qui se passait dans le quartier ; petite, quand je rentrais de l’école, il était toujours devant l’immeuble pour me dire « ton papa est là » ou « l’ascenseur est en panne » ou encore « vous avez des invités » !
Il était là pour répandre les nouvelles : « la femme du cinquième a enlevé son haïk », « la femme du cinquième est belle, moche, blonde, brune » ! On ne savait pas ce qu’il allait dire puisque nous, les filles, l’ignorions totalement, mais pas ma mère qui semblait avoir une rage contre lui et refusait d’être jaugée… Comment un bout de tissu pouvait-il provoquer tant d’inquiétude et d’appréhension chez elle !
Elle choisit un vendredi pour faire le premier pas, le jour du Seigneur, le jour où les familles vont au cimetière pour se recueillir sur les tombes de leurs proches, le jour où Larbi fermait sa boutique… Nous étions tous à la maison, mes sœurs et moi étions prêtes avant ma mère, et nous la regardions tandis qu’elle s’habillait ; elle cherchait des prétextes pour gagner du temps « le hidjab est trop long, le hidjab est trop large, trop lourd… ».
L’avantage du haïk, c’est sa simplicité… son poids, sa matière, 2m sur 2m de tissu léger, on l’enfile en trois mouvements : le jeter sur soi, un coup à droite, un coup à gauche et enfin mettre la voilette brodée pour masquer son visage. Il faut évidemment connaître la technique, c’est tout un art… on peut le plier comme un foulard et il devient alors aussi discret qu’un mouchoir dans une poche !
Le hidjab, quant à lui, est accompagné d’un accessoire : le foulard islamique ! Il est vrai que ses variantes sont multiples et le choix immense mais le nom ne change pas, et le mettre pour la première fois est un exercice difficile !
Ma mère était trop coquette pour le mettre selon la charia, et elle choisit un foulard assez long, léger, qui tombait bien sur les épaules. Elle l’ajusta sur la tête, sans trop forcer ni froisser la matière noble du tissu, mon frère était là pour l’aider…
Il faut dire que c’était lui le metteur en scène, il tournait là le film de sa vie « Comment faire porter le hidjab à l’Algérie », le film qui allait le propulser au box-office du paradis, quitte à pardonner toutes les maladresses de ma mère avec cette tenue islamique. Ce grand changement lui revenait, faire disparaître l’histoire, les traditions, n’est pas donné à tout le monde et il ne disait rien, bien au contraire, observant sa mère se débattre avec 3 ou 4 mètres de tissus emmêlés ! Quelle délicatesse de sa part !
Une heure c’est peu pour enfiler un hidjab pour la première fois, mais cette heure effaça trente ans de vie. Que dire de son état, on ne voyait que les gouttes de sueur sur son visage, ma mère était en pleine ménopause et le moindre geste faisait couler des litres ! Elle demanda un verre d’eau pour tous ces efforts, elle était prête, telle une nouvelle femme, dans un nouveau pays, une nouvelle Algérie qu’elle ne connaissait pas.

Quelques jours plus tôt, ma mère poussait des youyous pour la marche des femmes a Alger, sans rien sur la tête ; une demi-heure de liberté entre le haïk et le hidjab, un moment unique dans sa vie, marqué par des cris de joie ! Et voilà qu’à son insu, on lui imposait une nouvelle Algérie, à elle, fille de chahid, désormais emprisonnée, dépendante, et mère d’un fils menant un autre combat !
Brusquement elle changea d’avis, elle annula le cimetière et décida d’aller au marché. Sans doute voulait-elle se lancer un défi, faire face à son destin et le montrer à tout le monde, en finir une fois pour toutes avec les regards sur elle. Choisir le marché, bondé le vendredi, pour ce premier jour, était déjà très courageux. Quitte à décevoir Larbi, elle préférait montrer elle-même ce nouveau visage, elle ne voulait pas lui laisser ce privilège, c’était son histoire et personne n’avait le droit de la raconter a sa place.
Elle quitta la maison avec cette nouvelle Algérie, voilée, une nouvelle silhouette et des mains libres pour ne rien porter !
Dina Mechri.

 
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Publié par le 14 juillet 2013 dans A pile et face

 

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Moment d’éblouissement…

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Nous parlons de quelques neuf cent toiles et deux mille aquarelles et ce n’est surement pas la meilleure manière d’aborder la collection du peintre Américain,John Singer Sargent (1856-1925) .
Nous allons donc limiter notre incursion dans l’atelier intime de l’artiste aux œuvres d’aquarelles qui offrent une très grandes spontanéité et une rare fraîcheur.
la campagne anglaise, Venise, le Moyen-Orient et particulièrement l’Afrique du Nord,Sargent nous comble et nous livre des aquarelles d’une transparence extraordinaire, à la fois onctueuse, intense et tellement douce.
Ainsi défilent devant nos yeux émerveillés des paysages des monuments, des palais, des bédouins, des bergers ,des pêcheurs, des amis, des paysages des monuments,et des palais.
Une façon particulièrement fidele de raconter le quotidien qui s’illumine et décline une fluidité ,voire une lisibilité d’un monde totalement irrationnel,la couleur..
les tableaux de Sargent sont un chapitre délectable de la vie de l’artiste voyageur déambulant pendant un moment dans les ruelles étroites de la casbah Algéroise et la casbah Algéroise contrairement aux autres médinas du monde , permet de penser confortablement la magie…
Cadeau donc ce récit au trait précis,ample ,généreux et plein de grain.

 

 
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Publié par le 21 juin 2013 dans Arts Visuels

 

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La voix dans sa tête…

fon
Les gestes du matin restent les mêmes en ce premier jour de l’été : ouvrir les fenêtres,mettre la radio,la douche ,le café,faire semblant de lire le courrier ,zapper les factures et les notes administratives, un deuxieme café pour ancrer le quotidien viendra ensuite le premier coup de téléphone s’ensuivra les retrouvailles via skype…elle égrène ainsi ses histoires de villes et elles sont tellement nombreuses ces villes qui l’entourent et qui grignotent de son espace contemplatif tous les jours un peu plus…Vérifier ses poches et s’assurer que les crayons de couleurs sont bien la car elle n’est jamais a l’abris de rectifier une ligne du ciel ou de raviver les tons  d’un coin de sa mémoire assiégée.
Premier jour de l’été donc et mère nature semble tenir sa promesse en cette matinée ensoleillée juste comme il se doit…un savant dosage de Lumière et de silence et si les oiseaux sont au rendez-vous c’est aussi et surtout pour parler des âmes et de leurs gloires. .
De mémoire de voyageuse ,elle a toujours vacillé entre deux mondes l’un dans sa tête et l’autre dans les rues…Et la elle sourit franchement en pensant a la tête ahurie de ses deux amies médecins- un médecin c’est déjà top sérieux mais deux au même temps cela devient carrément grave- qui accusèrent  clairement son histoire d’une » espèce de voix qui lui parle constamment dans la tête » .
Elle s’était alors empressée de dissiper leur craintes « Hippocratique » sentant que ce n’était ni le  moment ni l’endroit pour parler de melodie jusqu’au bout…
La voix dans la tête ou comment tricoter le « moi »…une polyphonie des forces sonores ,une onde  réversible,un foisonnement de charges mémorielles et émotionnelles…des visages que l’on porte a l’intérieur de nous et que nous finissons par confondre avec le notre…
un jeu d’enfant en sommes qui consiste a faire semblant d’écouter l’autre  pour finir par  faire exactement ce qui nous passe par la tête .
Dixit la voix,dans ma tête.

 
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Publié par le 21 juin 2013 dans A pile et face

 

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Chapelles intérieures…

Le paradoxe des villes, en général, c’est qu’on s’y sent plus seul que dans partout ailleurs … c’est comme qui dirait ,la voix perd son échos et le monde ne répond plus.
les visages défilent , rares sont les regards qui s’attardent sur vous et vous perdez ainsi prise sur votre propre ombre a longueur d’heures citadines .
la loi du milieu urbain fait tache d’huile …votre âme ne se réverbère ni dans les grandes artères, tellement, elles sont longues ,ni dans les boutiques a la mode si clinquantes et encore moins sur les terrasses dynamiques et hypes..
Vous serrez la mâchoire sur votre solitude , sur le délabrement dégoulinant de vos soirées de « rat des villes » et seules les fêlures des trottoirs peuvent raconter vos titubements et l’incandescence de vos chapelles intérieures.
Bravo ,vous venez de toucher le fond de l’angoisse atmosphérique.

 
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Publié par le 20 juin 2013 dans A pile et face

 

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A la Shéhérazade renversée…

 Photo :Lydia Chebbine

Elle lui racontait pendant des nuits entières ce qu’il fallait de silence pour que la parole respire, se tisse de sens, laisse place à l’autre. 
Les mots tournoyaient et se poursuivaient en dévalant les rues par les journées de printemps. Le monde, avec ses mots paraissait évident presque a portée de la main . 
Il y a 20 ans qu’elle lui parle mais il y a 20 ans qu’il s’obstine a faire la sourde oreille…c’est un choix exigeant que celui qu’il fait de se fondre dans une composition d’incompréhension foisonnante et désordonnée … 
Il entretient de manière carrément irrationnel une communication de l’ordre zéro.
Tout est dit dans cette simple forme d’imprécision lexicale , dans le délice du déni et dans ses mains qui se replient a ceci prés que ça ne peut être qu’ une jubilation de l’intelligence.

 
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Publié par le 25 avril 2013 dans A pile et face

 

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« Quartet » – Dustin Hoffman Movie

ouai..
Ce n’est pas une histoire de « Rampi  pampi » mais  d’un  « Quartet » : opéra, vieillesse et amour, trio  plutôt mitigé  ,a mon gout , du premier film de Dustin Hoffman.
Ceux qui ont déjà vu « El Gosto « de Safineze Bousbia, resteront sur leur faim, tellement ce dernier était comment dire éblouissant et « totally » pétillant.
A Beechman House donc une  luxueuse maison de retraite au cœur de la campagne anglaise, on n’accueille que les anciens musiciens et chanteurs d’opéra. Malaises  et retours en enfance n’empêchent en aucun cas les locataires de fredonner des airs connus , s’entraîner à la flûte ou au violon, ou écouter, nostalgique, les disques de sa splendeur passée.
Des clichés en voici en voila ,Dustin Hoffman ne se refuse rien tout le long du film qui etait littéralement long mais long .
Le réalisateur fait carrément du pied au  techniques théâtrales et c’est franchement très maladroit… Un hourra toutefois a l’image magnifique  ,la bande son époustouflante et cet hymne a la vie  car le film – si l’on se creuse un chouia la tète- dit non a la vieillesse  et au renoncement  .
« Quartet »  en fait est un film exclusivement peuplé de vieillards, tourné par un acteur hollywoodien, Dustin Hoffman, lui même largement septuagénaire qui devrait a mon humble avis, réévaluer, son ambition de réalisateur.
NDLR:
Un petit film a regarder en DVD par un aprem pluvieux sans plus.. Cheers.

 
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Publié par le 10 avril 2013 dans musiques et videos

 

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Une aversion en bleu…

bleu

Raconter une vie c’est surtout un acte sémantique….Si on accepte  toutefois aux mots l’acte de faire la vie…
la scène s’ouvre sur une grande chambre aux rideaux tirés. Il se tenait au milieu ,le torse bombé de ces assurances creuses ..cela fait un moment qu’il parle mais parle.
Il tenait une sorte de monologue stérile.Le bleu disait -il sur un ton surfait,le bleu c’est une ombre. 
l’énergie du langage  a ceci de magique qui fait  qu’une réplique peut illuminer une pièce.
 Elle appuie un peu plus son visage contre ses genous pliés et cherche dans sa mémoire le vaste ciel qui se met au diapason de sa réflexion..mais oui cet homme n’a jamais existé, puisqu’il s’agit d’un tas de molécules et de particules..
la, tout juste sur la bordure de sa vie ,elle déroule ces années immatérielles sans épaisseurs particulières  et sans profondeur aucune.
Comment a t-elle  pu s’ enfoncer dans cette sorte de tonalité très peu nuancée et surtout   imprécise.. Un homme tout juste, irrespirable.
Un homme qui n’a eu de cesse de mentir depuis plus d’une dizaine d’années en s’octroyant  le rôle du maître dans cette partie de jeux d’échec qui les a réunit a l’aube d’un hiver ,il y a de cela un siècle.
Sa plainte a peine audible s’est pourtant toujours conjuguée a son errance solitaire aux cotes de cet  « homme ombre » qui dit tout savoir de la vie ,des êtres et des choses et qui plus est a passé son temps a parler de sa vie,de son être  et de ses choses…

A proprement parler il n’ y avait  pas de murs derrière lesquels se cacher, mais des cloisons légères derrière lesquelles disparaître tous les jours un peu, pour ne plus l’entendre.
Marcher, encore, marcher longtemps pour ne plus l’entendre.
Mais prenons les choses par le début: à savoir  le coeur qui bat  tellement  fort  a chaque rendez-vous,   On fait de longues promenades, on cajole les premières esperances et on parle de la vie .
Il ne détachait plus son regard de ses  beaux yeux  et son admiration se terminait souvent  les bras derrière la tête…Rien que de très classique me direz-vous.
Oui, mais ses dix années a elle ne ressemblaient en rien a  ses dix ans a lui .Chacun aurait  vécut les siennes différemment et pourtant ils  se tenaient  tout proche: l’un  a cote de l’autre .
Si la question d’hier consistait à se demander « comment ferait-on l’un sans l’autre?  la question d’aujourd’hui serait certainement  » Comment  faire pour être l’un loin ,très loin , de  l’autre?
Elle desserre ses genoux et libère son âme  déchirée, malaxée, malmenée et se jura qu’a partir de ce jour elle ne  broiera que du pastel .

 

   

 
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Publié par le 28 février 2013 dans A pile et face

 

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Vidéo

Le théâtre d’ « Anna Karénine « , Joe Wright.

Le principe serait celui d’aller au cinéma pour voir du théâtre ..Joe Wright nous propose ave Anna Karenine une stylistique flamboyante , une maniere de briser les conventions du naturalisme .
Sur le model de ses précédents longs métrages dont « Reviens moi » ou « orgueil et préjudice » tournés globalement dans un décor unique, il a voulu appliquer ce même procédé pour Anna Karenine .
Le réalisateur a alors décidé de raconter son film dans un théâtre où les différents décors s’enchaineraient de façon tentaculaire.
Ce lieu a une résonance directe avec l’histoire, comme le précise le cinéaste : « Anna joue le rôle de l’épouse dévouée jusqu’au moment où elle rencontre le comte Vronski. Mais tous ceux qui l’entourent continuent de jouer. J’ai alors pensé que nous pourrions situer ce film dans un théâtre. »

Que retenir de ces 2h15mn?
Lévine et Anna sont deux personnages qui seront amenés à se croiser dans le film et qui, bien que très différents, sont les vecteurs d’une même interrogation sur le monde et sur ce qui fait le sens de la vie. Sauf que Lévine aura plus de chance qu’Anna, parce qu’il est un homme, et elle une femme, et qu’ils vivent dans une société profondément inégalitaire de ce point de vue là.
La passion transformée en tourbillon par le biais de la caméra qui tournoie autour des acteurs servis par cet environnement enivrant et le tournoiement continu et inlassable décline une valse diabolique signée Sidi Larbi Cherkaoui qui vous donnera le vertige.
les passions,les métamorphoses et les fantasmagories sont rythmés, chorégraphiés et magiquement scandaleux .
Nous n’avons aucune maîtrise sur nos vie même si en apparence elles semblent être comme une valse réglée comme du papier a musique.
Desormais la quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société Pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle.
Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère.
Vronski, finalement lassé, retrouvera les plaisirs de la vie mondaine.
Dans son profonde solitude, Anna, qui ne peut paraître à ses côtés, aura pour seule arme l’humiliante jalousie pour faire vivre les derniers souffles d’un amour en perdition. Mais sa quête est vaine, c’est une « femme perdue ».

Anna Karenine ,un film actuel ?
Voila, la messe est dite en ces 2h15mn sur la pertinence des sentiments soulignée par une réalisation des plus singulière et surtout brillantissime puisque Wright se jouera de nous tout au long du film et nous voila tontot apeurés ,conciliants et meme complices d’Anna et de sa passion volcanique pour ensuite basculer dans l’admiration la plus franche de ce mari cocufié et qui reste digne de bout en bout .Et que dire de l’amant sincère,fou et qui essayera tant bien que mal de résister a la pression sociale .
Le réalisateur dans ce film tente de répondre a ce que c’est l’amour et sa réponse est de ne jamais avoir de réponse .
Wright expliquera dans une interview a ce propos qu' »Anna Karenine » peut refléter la société actuelle dans la façon où celle-ci est très imbue d’elle-même. Comme au temps de l’Empire russe, nous vivons dans un monde très vain, où l’on se regarde sans cesse les uns les autres. Et les médias modernes traquent les stars et les rumeurs, comme avant ».

Anna Karenine un film sur l’adultère?
voilà un titre bien trompeur. Anna Karénine est un film puissant, qui bouscule l’imaginaire. Il y a, dans cette version de l’oeuvre de Tolstoï, quelque chose de fantastique . Joe Wright nous offre un chef-d’oeuvre fait de glace et de feu. Une merveille ingénieuse d’une beauté à couper le souffle .
anna

Backstage :
Faut il souligner que la belle Keira Knightley se pare de parures signées Chanel joaillerie.
La vanité étant l’un des traits de personnalité principaux d’Anna Karénine, l’opulence symbolique de ces pièces en est la parfaite illustration » a déclaré l’actrice et égérie Chanel au WWD. Chanel ne possède pourtant pas de bijoux contemporains de l’époque du récit. Mais c’est précisément ce qui intéresse Joe Wright. : »« Dans la société où évolue Anna, explique t’il, la majorité des femmes sont très riches et habillées avec extravagance. Mais il était important pour moi de distinguer notre héroïne de celles qui l’entourent. Et les bijoux de la joaillerie Chanel étaient le moyen idéal d’y parvenir, d’autant plus que les gens de chez cette Maison prêtent une attention rare aux détails et aux intentions dramatiques », déclare le réalisateur. »
Force est de constater qu’ il ne s’agit pas tant ici de respecter l’époque que l’oeuvre de Tolstoï en la transcendant. Et les bijoux de Chanel s’inscrivent dans cette logique.
L’actrice expliquera plus loin : »I les bijoux m’ont aidé à entrer dans la peau d’Anna. Parce que la vanité constitue un des traits majeurs de son caractère et que l’opulence symbolisée par ces bijoux la nourrissent forcément. Mais aussi car, au-delà de leur éclat, il y a, à mes yeux, quelque chose d’étonnamment noir lié aux diamants et cette noirceur fait aussi partie intégrante de la personnalité d’Anna. Cette dualité se retrouve aussi d’ailleurs dans le travail fait avec Chanel sur le maquillage qui m’a permis de me sentir à la fois aristocrate russe d’hier et terriblement moderne. »
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Synopsis
Dans la Russie Tsariste, Anna Karénine femme d’un haut fonctionnaire russe s’éprend d’un capitaine de l’armée ce qui va provoquer drame et scandale. Nouvelle adaptation du roman de Tolstoï par l’équipe d' »Orgueil et Préjugé » et « Reviens-Moi ».
Anna Karenine.

Réalisé par
Joe Wright
Avec
Keira Knightley, Jude Law, Aaron Taylor-Johnson.
Genre:Drame
Nationalité:Britannique

 
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Publié par le 2 décembre 2012 dans Arts Visuels

 

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