Je suis une musulmane qui fait carême.
Je suis une musulmane qui fait carême.
Il aurait fallu des fleurs, beaucoup de fleurs pour parler des silences nécessaires aux mises en place les plus folles, celles de l’entre deux saisons.
Il aurait fallu de la distance, des ratages et toutes les nuits blanches.
Il aurait fallu réapprendre les mots, restituer les couleurs, décoder les notes et multiplier les possibilités de…
Il aurait fallu caler ses palpitations sur le tracé tâtonnant du crayon noir, peaufiner les manières de voir et tour a tour insuffler du rythme en creusant la nuance entre l’épuré et le sans fioriture .
Mais encore?
De la tristesse de ne pouvoir vivre en fleurs, elle gardera le gout amer de son échec a prolonger les saisons de printemps.
Photo de Lydia Chebbine.

– A ta place ,je me garderai d’affirmer que c’est le tout noir ou l’absolument blanc. C’est comme qui dirait la méchanceté est la fin de l’émerveillement ou alors la folie est l’aboutissement de l’extrême fragilité . Avoue que c’est totalement extravagant, lunaire, absurde.
– J’ai plutôt faim, moi. Je nous prépare des pâtes, tu en prendras bien un peu?,
– Suppose qu’il n’y ait jamais eu de mots, qu’aurait fait l’homme pour cadrer l’improbable? Tu nous vois inscrits dans l’aérien pour proscrire l’immobilisme?. Tiens, essaye de chanter les gammes du solfège mais a l’envers. Cela donnerait une sorte de « do si la si fa mi dore ». Répète sur le mode aigu, pour voir?. j’aimerai que tu puisses entendre l’infinie justesse du solfège en contre sens.
– De l’huile d’olive ou du beurre pour les pâtes?
– La binarité comme concept ne tient plus la route, c’est moi qui te le dis. L’immensément precis est » l’inter-genre ». Tout se rejoint, s’imbrique, se recompose ext,ext,ext.
– Oui, oui ,je vois c’est comme manger que l’on considère comme un exercice pratiquement androgyne dans le sens ou mâle et femelle peuvent le pratiquer.
– Pourquoi j’ai l’impression que tu te payes ma tete?
– Moi?. Je suis l’innocence incarnée en une affirmation bleu. Ni blanc ni noir mais bleu, fair enough?.
Elle hesita une seconde avant de griffonner en guise de baissée de rideau:
Raconter sa vie c’est surtout s’inventer des points communs.
Washington 2016.
Photos de Lydia Chebbine.


Photo de Lydia Chebbine. Janvier 2016.
Une planche plutôt surdimensionnée pour rappeler que l’été est forcement passager…Malgré le vent qui lui cinglait le visage, il restait la, totalement fermé, droit comme un i a fixer le tronc d’arbre oublié sur l’étendue crayeuse comme pour narguer toutes les bouteilles anciennes et ces autres que l’on ne jettera plus tant la métaphore devenait triviale. Le torse en bois dénué de souplesse n’avait rien de singulier, pourtant. Il n’invoquait ni la fougue ni le mouvement mais le faisait bizarrement penser a Victor Hugo qui disait que la pudeur le rendait fécond.
Toute la splendeur des saisons douces semble s’être réfugiée dans ce coin du monde.
Mais avant cela , il y a eu le ciel gris, l’air pliant péniblement sous la masse des goutelettes glacées et des hommes, beaucoup d’hommes, se livrant yeux clos dans des aéroports noirs et blancs.
Encore un peu plus avant cela , il y’a eu des calendriers que l’on a inversé par un matin d’hiver. Faudrait peut etre expliquer qu’il se passe toujours un temps avant de penser a sauter les saisons.
Les nuits Emiraties c’est parfois des mains qui se cherchent furtivement dans l’obscurité d’une salle de concert, une princesse Géorgienne promenant ses six annees sur les notes de Beethoven ou alors un piano concerto N,4 in G major… A quelques encablures de la,le monde se la jouait en minor.
08:30 du matin, la glissante file devant les bus a destination de New York gardait encore du sommeil, plein les fonds de poche. Un pied sur le trottoir, l’autre encore dans la voiture, ma fille me faisait promettre de ne pas m’ennuyer durant le réveillon de la Saint-Sylvestre. Je ne m’attarde pas plus que cela sur la fraîcheur des visages des voyageurs qui accentuait singulièrement les plusieurs fois 365 jours que je cumulais.
Un premier feu rouge puis un deuxième et me voila déjà en retard pour mon dernier rendez-vous de l’annee.
Salamalecs, sourires complices et de l’émotion, bien réelle devant l’étalage de viennoiseries, Il y a de ces plaisirs que l’on n’explique pas. Le café avec les copines dans « la houma » s’avérait être une brillante idée de clôture pour la très prolixe et imprécise 2015.
S’en est suivi une très longue promenade dans la ville. La douceur inhabituelle de la meteo rallongeait les ombres sur le macadam frémissant d’impatience sous les pas des promeneurs.
Ecrire sur le dernier jour de l’annee, c’est se montrer attentive aux visages qui passent et cela n’engage que moi. Ceux des touristes, les visages de devant la maison blanche, racontaient la nonchalance avec tellement de légèreté.
14:00 heures , je fais mes courses…la cohue absolument colorée anticipait sur des festivités sonores a en juger les cadis bien garnis et les les bulles en perspective. De l’autre coté, Dubai annonçait deja l’annee 2016. Je ne dirai jamais assez sur la magie de l’ecrit particulierement quand il rend magistralement aisé le voyage dans le temps.
17:00 heures, repas sur le pouce, faut bien perdre les tonnes de chocolats ingurgitées durant the christmas. Pas de télé, ce soir mais un fond de John Coltrane, autant parler d’une anthologie sur les » favorite things ».
20,21,22 heures… Bref, je traîne la savate afin de repousser le moment de basculer dans le tout New Year. Je soigne le finish de tout ce que je sais en attendant de decouvrir ce que je saurai.
Un reveillon bien calme au final et ça le fait et meme tres bien.
Tres belle année et des guirlandes de tendresses a tous. Cheers.