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Archives de Catégorie: A pile et face

le deuxième temps…

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Susciter des émotions, au moins ça, elle sait y faire.

Le récit des matins de fin d’été se construit sur des palpitations en forme de bulles de savon rondes, lisses, harmonieuses, intimes, nouvelles. La brise courait le long de l’enfilade des fenêtres ouvertes sur la lumière des premières heures, douce, infiniment douce.
Une poupée oubliée au coin du jardin, l’oiseau qui se pose dans un bruissement d’ailes sur le bord de la chaise en toile bleu Klein.
la peau exquisement dorée  était  encore tiède au sortir du lit sous le pyjamas coupé dans un délicat et onctueux cachemire blanc. Elle passait, plusieurs fois la main dans ses cheveux courts, très courts, coupés jusqu’au dessus des oreilles puis tente de lisser son regard en tapotant doucement sur ses paupières. Elle empruntait le procédé a une vielle science japonaise, le « taikyoku ken » qui veut dire littéralement « boxe avec l’ombre ». Elle appuyait ainsi légèrement sur sa rétine comme on jouait sur un tempo tres lent, libre, tranquille. A l’etage, l’accord était parfait entre l’odeur du premier café, la radio qui grésillait et le telephone qu’on laissait sonner un moment avant de décrocher.
– Allo,disait la voix, encore ensommeillée, a l’autre bout du monde.
– Bonjour, je te rajoute un peu de lait? Miel ou sucre?
Les harmonies étaient forcement légères, on jouait les retrouvailles a distance sur une musique minimaliste pour mieux parler de l’émotion qui nous tient debout.
– Tu m’entends ma chérie?
la voix basse, caressante, un rien poivrée égrenait, au delà des bornes kilométriques, un ordonnancement du merveilleux face au monde.
-Tu rentres quand?.
– Franchement,je ne sais pas. C’est encore plus compliqué que nous le pensions.
Le timbre de la voix se voile légèrement, un nuage passe. les intonations en deviennent obliques de peur de réveiller les obsessions des corps qui ont coutume de se mélanger.
– Je dois y aller. Je te rappelle dans la journée. Je t’embrasse.

Clic du téléphone, les accords s’embrouillent, la valse ne reprend pas à l’identique. Processed with VSCOcam with b5 preset


Photo de Lydia Chebbine.
Jefferson memorial.Washington DC.September 2015.

 
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Publié par le 7 septembre 2015 dans A pile et face

 

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Un agenda qui prétend…

Une femme se tient devant sa fenêtre. Il y a toujours une vitre dans ces cas la. Elle appuie le front contre la surface froide en activant la touche rewind.
Au seuil du monde, les chemises en lin blanc impeccablement repassées soulignaient avec une pointe d’insistance les peaux étonnement dorées. Les sourires n’étaient pas forcement sincères et les bouches de toutes ces mondaines,minutieusement tracées au rouge écarlate de Dior, se contractaient en dessinant des « Ohhhh » savamment dosés mais surtout divins que l’on suspendait juste au dessus des plats.
Exquis.
Il faut dire que l’ambassade Britannique sait y faire et quand sa majesté recevait pour le iftar c’est toutes les dunes de l’Arabie qui scintillaient jusqu’à tard, très tard dans la nuit .
Il l’a regardait un peu intrigué, beaucoup amusé, infiniment séduit. Leur hôte, un brillant diplomate, les avait placé côte à côté. Autour de la somptueuse table s’entrechoquaient des nationalités confondues, plénipotentiaires des sphères d’intérêts encore plus confondantes, disons le.
Madame la conférencière nous viendrait de New York . Ils avaient même échangé, il y a de cela quelques mois, sur l’urgence de protéger le temple antique de Baalshamin à Palmyre. Ne  pouvant assister a son exposé faute de caler  la séance entre deux vols, il s’est promis de la revoir et le plus vite possible .
Au  moment de servir le deuxième plat ,la voix fluette se détachait  des murs et des ombres langoureuses que dessinaient les flammes des bougies embaumant le bois de santal. Elle tournoyait au dessus de leur tête avant de venir se mêler aux tintement des verres en cristal.
Et cela faisait de jolis tchin,tchin.
Et cela donnait des histoires invraisemblables.
– Ma grand- mère avait coutume de donner des soirées légendaires dans sa villa du grand Alger.
On disait que la demeure aurait appartenu a Saint-Saëns.
On disait aussi que par une fiévreuse nuit du mois d’août quelque part sur les rives de la pointe Pescade, un homme de 38 ans, d’une lucidité intacte ouvrit grand la fenêtre de sa chambre et lâcha sur la ville par poignées entières des centaines de partitions musicales. Elle s’interrompit le temps de lisser un pli sur la nappe avec le souci d’accomplir quelque chose d’éminemment important avant de continuer sur le ton de la confidence en baissant d’un cran sa voix:
-Ma grand mère, elle, n’avait de ouïe que pour la séraphique Fadela et ses noubas.
– Est- elle toujours a Alger?
– Fadela? bien sur que non. Elle décédera en 70, le jour de ma naissance. Ma grand mère y a vu un signe et m’a fait juré de laisser chanter Fadela partout ou j’irai.
Bien entendu qu’il pensait a la grand-mère, lui.
Avant le dessert ,il tremblait déjà a l’idée de ne pouvoir revoir ce petit bout de femme qui ne faisait pas de grands « Oh » mais qui semblait fragilisée par la perte de Fadela.
– J’aimerai vous revoir dans la maison de votre grand mère .
– je n’y habite plus.
Suivra un mouvement précipité de toutes les lumières traversant a l’oblique l’enfilade des vitres donnant sur le jardin de la résidence.

Généralement la douleur était trop sourde. Ramassée, la boule juste au niveau de l’estomac s’amplifiait en boursouflures qui ralentissaient dangereusement sa respiration.
Le savoir loin encore, plusieurs fois dans le mois, dans l’année, durant quelques 25 ans, elle ne s’y résignera jamais et certainement pas durant la nuit.
Le jour,elle fera comme si en peinant a défroisser les chronologies boudeuses .
La perdition, les creux, le vide, les blancs, l’incompréhension, les enfonçures se résorberont, pour un moment, sous la couverture en cuir de chèvre du mémorandum souvent trop chargé .
la modernité entière serait-elle  un agenda qui prétend?
-J’ai menti, ce n’est pas seulement que je voudrai rester a tes cotés mais je le veux tellement.
C’était sa manière a lui d’annoncer les départs.
Washington DC.August 28.2015.
To be continued.

 
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Publié par le 27 août 2015 dans A pile et face

 

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l’intercis…

Elle aimait a évoquer l’histoire de cet homme que l’on aurait aperçu entre deux portes. Plongé dans la pénombre, il tenait de sa main ferme sa gorge.
La légende ne dira pas s’il essayait de retenir ses mots ou au contraire aidait a les libérer.
Elle était folle,un peu,beaucoup, prenait souvent des postures, n’apparaissait jamais sans un livre a la main et en oubliait souvent de se nourrir mais buvait des litres d’eau tiède. Absolument tiède, disait-elle avec un sourire.
Il choisit d’obtempérer voire de composer avec ses allusions pour faire sans cesse comme si car l’envie de construire l’emportait sur le reste. Il tendit la main et poussa les persiennes qui ouvraient sur la terrasse. Le jardin était ordonné,soigné et sentait tellement bon,peut être même que Dieu habitait dans chacune des fleurs.
-J’ai menti, ce n’est pas seulement que je voudrai rester a tes cotes mais je le veux tellement.

 
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Publié par le 18 août 2015 dans A pile et face

 

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Glamoroooooooooos…

L’été par un après-midi de fin de vacances, un mur blanc pour se décentrer, s’y confondre, s’y perdre.
Rien d’autre qu’une surface plate, pas de relief ni une quelconque impression.
– Vous y voyez l’ombre d’une théorie plausible,vous?.
-Rien qu’une sorte de fugacité et même pas réfléchie.
– je crains si…
-Vous craignez l’ambiguïté en pleine blancheur?.
-Quelle est cette distraction dans laquelle vous etes,disait souvent Marguerite.
-Marguerite?.
-Ah, faudrait, surtout pas, contrarier Marguerite.

 
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Publié par le 12 août 2015 dans A pile et face

 

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Les échappées magiques…

8b55dc99ae953613ce76ee6d7603c366La bicyclette venait a la rescousse du mouvement régulier des aiguilles ponctuant son urbanité exubérante.
A la recherche de l’ombre d’un doute,d’une hésitation, d’une faille , elle fuyait, autant de fois qu’il lui etait nécessaire, la métaphore humaine.
Et c’est en ce sens que la peinture flamande pouvait permettre une piste.
Et c’est en ce sens qu’a l’approche des carrés colorés, ce n’est pas son cœur mais tous les muscles de son corps qui sautillaient de joie.
Tricoter le romanesque serait une sorte de degrés second d’une profonde gratitude.
En d’autres temps et lieux ,nous appelions ces echapees magiques
: la vie.

PS:
Photos de Lydia Chebbine.USA,august 2015.

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Publié par le 10 août 2015 dans A pile et face

 

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Comme le »Baghrir » de Proust…

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Le plaisir se construit en escalier. Du miel et du beurre a la base pour enduire les quelques mille trous du « baghrir » encore chaud.
Puis dans le désordre, goûter, rire, de gourmandise se lécher les doigts, fermer les yeux et se laisser porter par la délicatesse des souvenirs.
les réminiscences sentaient bon le parfum a la lavande de la grand mère rompue au travail de la pâte lisse et onctueuses.
C’est vous dire la portée de ces histoires de bouche et de coeur …Il y a toujours un bonheur presque enfantin a reproduire les gestes d’antan et ne pas se laisser rouiller par l’urbanité quotidienne.
L’Algérie en ce sens pourrait s’avérer un dosage précieux et parfois peu probable, d’une table d’été au fond du jardin par un matin a Bethesda ou partout ailleurs.
Bonjour a tous et bon appétit.

 
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Publié par le 6 août 2015 dans A pile et face

 

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L’honneur délicieux…

Il était beau,droit, avec un sens aigu de la morale mais surtout très amoureux de sa Yasmine de femme. Le commandant Jeff Allias Djaffar est le moudjahid dont on a soigneusement tu l’Histoire pour réinventer « l’histoire ».
l’Oranais, cette épopée du brut,du vrac,des vérités blafardes dira crûment ce que 50 ans de mythologie glauque aura dévié,feinter et nier a coup de traîtrise.
Le Film de Lyes Salem vous happe des les premières minutes et vous embarque dans le sillage effréné d’une camera qui détricote avec une maîtrise prouvée les tremblements, colères,éclats de voix et encore plus les faiblesses du moudhahid Djaaffar.
Il rejoindra le maquis,un peu malgré lui et presque  accidentellement » pour se transformer cinq annees durant en héro, l’un des plus  vaillants de la guerre de libération Algérienne.

Et vous n’en pouvez plus d’aimer Djeff, de trembler pour lui tellement il vous ressemble ,tellement il vous parle et parle  magistralement de vous.
Djeff aimait l’Algérie, son fils – enfin, ce petit blanc/blond que sa femme avait mis au monde du temps ou il était au maquis- et ses amis.
Il y avait Hamid, le ministre qui dit que gérer un pays n’est pas comme gérer une quasma en ponctuant sa phrase d’un « Merde » sonnant juste et ça le fait et on y croit puis Farid le gaucho pour qui la berberite,spécificité absolue du peuple Algérien est catégoriquement non négociables et enfin Said ,plus fidèle qu’une ombre.
Mais les ombres assombriront tres vite le ciel de cette amitié indéfectible qui pliera sous la bourrasque des phrases enflammées dépassant les pensées et brouillant les appareillages::
« – Ne dis pas n’importe quoi ma chérie ,on a fait une guerre de libération et non pas une guerre de religion. »
Le film balayera ainsi sur son passage par vagues entières,les idées reçues,les portraits feints et fera preuve d’une clairvoyance rare et tellement nécessaire a l’Algerie d’aujourd’hui sans jamais revenir sur les fondamentaux:
« Tu peux prendre la chose par tous les bouts mais tes parents sont interchangeables. » lâchera Jeff a son fils pour dire combien nous sommes et devons rester Algeriens.
El wahrani,cette « incorrection » visuelle construite sur le mode zoom serré pour y mettre ce que nous avons manqué de vivre en colories fortes : Une Algérie qui a menti sur l’essentiel à savoir l’humanisation de ses héros.
El Wahrani n’est pas seulement une histoire naturelle sur les émotions et l’amitié, encore moins un plaidoyer vil et honteux sur les moudjahidines – comme on a voulu le faire entendre- mais c’est tout l’amour dont 40 millions d’Algeriens ont manqué et ce depuis 50ans.
Lyes Salem avec l’Oranais tout comme Safinez Bousbia dans El Gosto et avant eux Nadir Moknèche avec Délice Paloma remettent sur pieds par la seule envie furieuse de vivre une Algerie titubante et signent triomphalement un vaste champ des possibles.
La diaspora Algerienne réussira, ainsi,une expérience du sublime et nous applaudissons et on en redemande.

PS:
++ la prestation d’Amazigh kateb dans le film est bluffante et la chanson Hlel ellila fera du chemin..
++ Lyès Salem,Khaled Benaïssa,Djemel Barek Najib Oudghiri brillent par leur naturel et on y croit fortement. 
++Nous avons tous connu au sein de nos familles un commandant Jeff dont les « etoiles » nous ont définitivement marquées.
– – Le film est un vrai travail de réalisation exception faite d’une scène assez longue et plutot dramaturgique-ment théâtrale.

L’ORANAIS.
Un film réalisé par Lyes Salem
Date de sortie : 19 novembre 2014
Production Algero/Française.

 
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Publié par le 21 juin 2015 dans A pile et face

 

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Elle en creve…

Cela se passait aux environs du mois de mai. Il fallait attendre 20:30 et pas une minute de plus. A l’heure ou le ciel tournait au bleu vague méditerranéenne .
Un bleu que nombre de cinéastes,écrivains,poètes et autres hurluberlus auraient tenté de reproduire sans succès .

Je reprends donc:
20:30 a l’heure ou le ciel empruntait au bleu de klein son intensité et aux perles de culture leur lustre et cela donnait un bleu klein/ perle méditerranéenne, elle
ouvrait grand les fenêtres de la chambre, libérait les voilages de leur attaches, faisait tourner le vieux pick-up et invitait la brise pour la soirée.
Ce n’était plus tout a fait une chambre mais un bateau ivre .

Mouais, c’est assez facile,sirupeux et tellement mièvre, particulièrement le pompeux « ivre »,je vous l’accorde.
Je reprends bis:
Cela se passait au mois de mai ,blablabla jusqu’au voilage tiré afin de permettre aux mouettes de prendre place dans la chambre bleutée.

Quoi? Il n’y a jamais eu de mouettes au départ?
Oh,que si et meme des goélands qui volaient au grès des bruits des vagues. Des vagues au grain serré et un point poivré que libérait le 33 tours tournant sur le vieux pick-up. Et puis il y avait le souffle enveloppant,déjà chaud du mois de mai qui entraînait le voilage des fenêtres dans un mouvement chaloupé et projetait sur les murs le plus sensuel des déhanchés nocturne.

Cela en fait du monde dis- donc,pour une chambre de ville?
Si seulement tu ne m’interrompais pas avec tes tics citadins,tes contradictions et ton non sens. Et cette terrible carence en matière de fantaisie, ce manque d’imagination…ça ne te parle pas car il est impossible de te parler de magie ,de mer dans une une ville qui n’en contient pas, d’amour, de passion ,de folie car tout cela est a l’opposé de ta vie droite comme un I. Au final,tu n’es qu’un homme moderne,sage,terne qui ne croit,ne respire et ne prie que wall street .
Oui Monsieur, je suis en colère car ta perdition urbaine me fait gerber,me désespère et nous perds. A part moi,personne dans cette maison, ne pense a mettre des pivoines dans les vases.
– Pardon?
les pivoines sont exagérément « expensive » – en anglais dans le texte- et 20$ le bouquet /semaine cela commence a bien faire ? Mon surplus d’émotivité prend trop de place,devient gênant ,déborde sur le jardin des voisins et fait de notre vie un champs de guerre?
Autant pour moi,Monsieur et tant qu’a faire faisons un movie de tout cela. Promis je te cède d’entrée les droits d’auteur ,le retour sur recette et payerai,meme,mon ticket de cinéma le jour de la projection.

Le pitch:
Une femme soupçonnait la terre de rétrécir,tout les jours, un peu plus.
Cela la mettait dans un état tel qu’elle entreprit de chercher inlassablement,poings et front serrés, chaque soir a 20:30 pile, le bruit des vagues sur… Youtube.

                                

 
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Publié par le 22 Mai 2015 dans A pile et face

 

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